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AP des 2ndes9 : rencontre avec Alexandre Baccili, kinésithérapeute.

C’est rarement avec plaisir qu’on entre un beau jour dans une salle de kiné remplie d’inconnus pas vraiment flambant neufs, l’un pédalant avec plus ou moins d’entrain sur un cycloergomètre, l’autre tirant inlassablement sur un élastique attaché à un espalier…. Un petit cours d'explication et ça y est, vous faites partie vous aussi, bon gré mal gré, pour des semaines, de ce petit cirque-ambulance. Et finalement, votre nouveau copain…, c’est le kiné !

Le nôtre, c’est Alex. Il est simple, cordial, d’humeur placide – « tudo bem ! », comme on dit au Brésil où, d’ascendance italienne, il a grandi. Avec son léger accent, il dit « tu » à tous ceux qu’il aime, c’est-à-dire à ses patients ! Savoir prêter une oreille attentive et bienveillante à ceux qui le consultent est selon lui la principale qualité d’un thérapeute. Mais, hors de son cabinet, Alexandre Baccili reconnaît qu’il n’est pas facile d’entendre les gens se plaindre, croyant pouvoir être rapidement délivrés de leurs maux. Les jeunes, par exemple! Ils devraient être les plus faciles à soigner, mais ils n’écoutent pas toujours ce qu’on leur dit !

 

D’un continent à l’autre

Le métier qu’Alexandre exerce maintenant depuis 10 ans s’est imposé à lui alors qu’il avait une douzaine d’années : l’une de ses sœurs, handicapée, a retrouvé l’usage de ses jambes grâce à la kinésithérapie.  Par ailleurs, mordu de sport depuis l’enfance, Alexandre a pu très tôt juger de l’intérêt de cette discipline. Plus tard, il choisit d’être physiothérapeute, dénomination utilisée hors de la CEE et englobant la kinésithérapie, l’ostéopathie et la chiropraxie. En France, les études de masseur-kinésithérapeute sont, depuis septembre 2015, de 4 ans après une année de PACES ou de STAPS. Celles d’Alexandre ont duré 8 ans, se déroulant principalement au Brésil, mais également en France (son sujet de master portait sur l’évolution de la scoliose, particulièrement bien soignée dans notre pays), et en Angleterre où, grâce au programme Erasmus, il s’initie au « crochetage », thérapie peu connue visant à séparer les tissus accolés à l’aide de crochets. De retour au Brésil, le goût de l’étude le démange toujours et, pendant 2 ans, tout en exerçant à mi-temps en cabinet et à domicile, il poursuit une spécialisation en kinésithérapie du sport. Pourquoi décide-t-il alors d’exercer en libéral en France, pays où les honoraires sont très encadrés? S’il en regrette les abus, il note que le système français de soins est « le meilleur du monde » ; et, suggère Alexis, c’est en France qu’il a trouvé l’âme soeur.

 

Quand rééducation rime avec investigation

Aujourd’hui à temps plein, Alexandre continue à apprendre, à travers des congrès nationaux ou internationaux, et la lecture de publications scientifiques en anglais – une formation tous les deux ans étant d’ailleurs une obligation légale. Car si certaines pathologies sont récurrentes, comme les lombalgies, les applications de la kinésie sont étendues et variées ; le diagnostic du médecin doit parfois être précisé, approfondi ou complété et trouver le bon traitement peut s’avérer ardu. Chercher est passionnant, l’échec d’autant plus frustrant. Alexandre se souvient avec amertume de cette jeune femme atteinte d’une sclérose en plaques dont il n’est pas parvenu à freiner la rapide progression. Pour conserver sa sérénité face aux difficultés, notre kinésithérapeute dispose d’un remède infaillible, qu’il conseille d’ailleurs à ses clients : le sport !

 

 « Filho Maravilha, nós gostamos de você !»

Ainsi chantait Jorge Ben à propos du footballeur brésilien Maravilha, autre spécialiste du crochetage, dont le but avait sauvé le club du Flamengo. Edouard lance avec un sourire complice : « Neymar ou Ronaldo? » Neymar, bien sûr, même si le sportif favori d’Alexandre, c’est Lance Armstrong - il s’est dopé ? Tout comme les autres! Mais quel «mental d’acier » ! Et naturellement, soigner les athlètes est ce que notre kinésithérapeute préfère. Nous l’interrogeons sur les sports les plus traumatiques, sur ses recommandations aux jeunes sportifs… La question qui brûle les lèvres est de savoir « s’il a soigné des champions». Oui, au Brésil, des footballeurs ; en France, surtout des pros du cyclisme, de la course à pied et du triathlon, sports que lui-même pratique. D’ailleurs, l’une de ses plus grandes fiertés est d’avoir identifié l’origine de la douleur lombaire d’un cycliste de l’équipe Cofidis, lequel a ensuite pu obtenir une 50è place au tour de France : il était atteint d’une malformation très rare du nerf sciatique (celui-ci passant au milieu du muscle).

 

Un métier pour les geeks ?

Fasciathérapie, PCP thérapie, pressothérapie, thermothérapie, cryothérapie, impulsions par électrodes…Alexandre, toujours à l’affût de nouvelles stimulations intellectuelles, suit de près toutes les innovations. Sa dernière emplette, plutôt onéreuse, est un tapis roulant « anti-gravité » Alter G, dont les exemplaires se comptent en France sur les doigts de la main : outil tant de rééducation que de préparation physique, il permet de se délester de son poids…et de courir comme en apesanteur! Mais loin d’Alexandre l’idée de se cantonner dans une médecine techniciste. L’expérience lui a appris qu’une pathologie ne peut être considérée isolément, en ignorant tout de l’histoire et de l’environnement du patient. D'ailleurs, s’il a paru si « épanoui » aux élèves, c’est que, par tempérament, il n’aime pas « s’enfermer », pas même dans le plus beau métier.

 

Toujours en mouvement

Ainsi, les deux cabinets quil a créés, (le premier à Antibes, le second très récemment à Nice pour répondre aux demandes de lest du département) sont constitués d’équipes pluridisciplinaires rassemblant à lheure actuelle une quinzaine de praticiens exerçant en libéral (dont trois médecins, un ostéopathe, deux infirmiers) assistés dun secrétariat. Comme on pouvait sen douter, Alexandre « aime bien les défis ». Ses prochaines conquêtes? Elles lui permettront, en suivant les progrès de sa discipline, de soigner de mieux en mieux ses patients ; apportant par ailleurs sa contribution au décloisonnement du système de soins, il envisage dans le futur douvrir une troisième « maison médicale ». A Cannes, bien sûr!

 

 
AP des 2nde2, 2nde3, 2nde5 et 2nde11 : rencontre avec Corinne Rivière, comédienne à Cannes.

   

Ce qu’elle préfère dans son métier ? La scène ! « C’est tellement jouissif d’entrer dans la vie de toutes sortes de personnes ! » s’exclame Corinne Rivière. A cela s’ajoute le bonheur d’être portée par le public, par son rire ou son attention silencieuse. Les applaudissements, elle en redemande. C’est si gratifiant ! On ne fait pas ce métier « sans une grande demande de reconnaissance ». Dès lors, le métier d’acteur de cinéma est pour elle une sorte de tue-l’amour, n’autorisant qu’un jeu fragmenté, entre deux prises de vue, sur un plateau occupé par des artistes ou des techniciens de l’image. Corinne est comédienne, presque au sens de la langue classique où le mot s’opposait parfois à « tragédien(ne) », car elle préfère les rires aux pleurs, remarquant néanmoins que les emplois comiques contiennent de manière latente leurs opposés tragiques.

 

 Une vocation impérieuse

 

  « Ce n’est pas moi qui ai choisi le théâtre, c’est lui qui m’a choisie » dit Corinne avec force. Il est entré dans sa vie de manière banale, un simple passe-temps pratiqué au lycée, puis dans une MJC de la région parisienne. Mais pour lui, elle a arrêté une licence de lettres à la Sorbonne. Et quand, plus tard, il lui est arrivé de gagner sa vie sans lui, elle en pleurait : ce n’était pas elle ! Le théâtre l’a comblée. Des années de bonheur fou, partagé avec le public, les seuls mauvais souvenirs étant les accidents de plateau : continuer à jouer, au bord de l’évanouissement, après s’être cogné le pied ; une chaise qui se casse et qui devient inutilisable, rendant impossible le bon déroulement de la scène.

 

  Tout a vraiment commencé quand elle a rencontré Anca Ovannez-Dorosenco, ex-directrice du théâtre de Bucarest, réfugiée politique en France, qui lui offre ses premiers grands rôles. Puis, elle se forme au gré de stages, à Paris. Son jeu sera définitivement marqué par la méthode de Stanislavski, cet homme de théâtre russe qui, débarrassant le jeu de l’acteur de son artificialité et de sa grandiloquence, a nourri tant le théâtre que le cinéma du XXè siècle : le comédien, en faisant appel à son propre vécu et à son imagination affective, doit trouver les émotions qui se rapprochent le plus de celles du personnage, et entrer en quelque sorte dans sa vie. A cet exercice, les comédiens les plus âgés, riches d’un ondoyant passé, excellent. 

 

« Aller vers le personnage »

 

  A l’une de ses élèves qui doit jouer Violaine, une jeune fille mystique, accablée de terribles maux, dans L’Annonce faite à Marie de Claudel, Corinne prodigue les conseils suivants : s’imprégner bien évidemment de l’auteur et de son œuvre, mais aussi se renseigner sur la lèpre, assister à une messe avec des aveugles, regarder une adaptation cinématographique de La Religieuse de Diderot…C’est ensuite qu’elle pourra commencer à apprendre son rôle.

  Mais la tâche d’un comédien commence bien en amont. Il s’agit d’abord, comme dans le chant, d’apprendre à utiliser sa voix, et donc à respirer par le ventre, pour éviter d’abîmer ses cordes vocales ; ensuite, d’assouplir son corps pour qu’il se plie sans heurts à toutes les postures – aux Etats-Unis, le comédien doit être aussi un danseur, un chanteur, un mime, un clown…. Mais la plasticité concerne aussi son esprit : il lui faut apprendre à «lâcher prise », à laisser tomber tout regard critique sur lui-même, « à faire la poule sans peur du ridicule » ; enfin, la concentration est une autre qualité à développer pour ne pas « décrocher » et « perdre le personnage » au cours de la représentation –elle se solde par l’épuisement quand le rideau tombe. Notons que Corinne a utilisé les techniques du théâtre pour aider ceux qui exercent des fonctions de représentation : comment communiquer par la voix, par le regard, le maintien ? Elle a notamment formé le personnel de salle des plus grands restaurants et contribué au succès des « meilleurs jeunes sommeliers » de France.

 

Une vie vouée au théâtre

 

  Corinne n’a pas seulement interprété un grand nombre de rôles issus des répertoires classique et contemporain ; elle a aussi créé des costumes, des décors, écrit et monté des pièces. Pour elle, « le théâtre est un espace de recherche et de liberté », porté par des siècles de réflexion et de pratique que le comédien ne peut ignorer même s’il parle toujours à son temps ; le metteur en scène choisit une pièce parce que, d’accord avec les acteurs, il a quelque chose à transmettre au public. Si une scène peut être jouée de multiples façons, une seule lui conviendra. Corinne a récemment interprété une pièce courte de Guy Foissy (dans Variations assassines) à l’humour très noir : deux promeneuses s’offusquent …de découvrir un enfant mort sur le trottoir. A l’heure où les migrants affluent dans des conditions effroyables en Europe, la pièce écrite il y a quelques années prend une résonance particulière : « pour vivre heureux, cachons ce qui nous dérange », résume ironiquement Corinne.

  Monter des spectacles qui lui tiennent à cœur et leur garantir une plus grande audience, telle est l’une des ambitions de la compagnie que Corinne a créée il y a six ans, scellant son mariage avec le théâtre d’un lien indéfectible. L’Eclat de Rêve porte bien son nom tant les projets foisonnent : la comédienne prépare son entrée au festival d’Avignon au printemps prochain, sans oublier pour autant son activité bénévole de « théâtre sans frontières » dans les maisons de retraite, les hôpitaux,…les lieux d’isolement; à Cannes, rue Léon Noël, une salle de spectacles de 35 places, dont la mise aux normes est en cours, permettra bientôt d’inviter d’autres compagnies; et les locaux dans lesquels elle dispense des cours d’art dramatique vont bientôt s’agrandir…

 

  Et nous les ados, pourquoi ferions-nous du théâtre ? « pour apprendre à vous connaître, à vous dépasser, à maîtriser le trac,… à vous concentrer aussi ! – gros déficit de votre génération ! » répond Corinne. Allez ! sortez de vos chambres douillettes, ôtez vos scaphandres, lâchez vos bidules dernier cri ; venez clamer tout ce qui vous passe par la tête, inventer des gags farcesques, donner la réplique à un irrésistible Dom Juan ou à une piquante Célimène ; venez réchauffer votre cœur au sein d’une petite troupe pleine d’entrain et rejoindre ainsi la grande famille du théâtre. Y a d’la joie ! Y a d’la joie ! 

 
AP des 2ndes 13 et des 1ères S5 :

Rencontre avec le Docteur Badan, gastroentérologue à l’hôpital de Cannes,

et le Docteur Sicsic, généraliste au Cannet.

 

 

 
Le Docteur Sicsic, installé aujourd’hui au Cannet, a passé son bac au lycée Carnot et fait ses études à l’Université de Nice. Il officie comme médecin généraliste depuis 21 ans. «  Un beau métier  » qui lui permet de «  voir  la vraie vie des gens, de percevoir les évolutions de la société  » - il a suivi certaines familles sur quatre générations, et connaît des patients depuis plus de 20 ans. Il ajoute être aussi «  psychologue, conseiller conjugal, gestionnaire, comptable, informaticien…  ». Les seuls qui «  restent au front, déclare-t-il, sont les généralistes  », déplorant qu’ils se raréfient. La médecine devient en effet de plus en plus technique et le nombre de spécialistes s’accroît.

 

 

Le Docteur Badan, gastroentérologue à l’hôpital de Cannes, en fait partie. Lui aussi utilise une métaphore guerrière, évoquant son «  parcours du combattant  ». Né sans une petite ville de Moldavie – un pays francophone -, il débute en chirurgie pédiatrique. Arrivé en France en 2007, il fait d’abord fonction d’interne dans le service de gastroentérologie de l’hôpital de Cannes de 2008 à 2010; puis, après avoir passé des examens complémentaires, demandé des équivalences et perfectionné son français, il obtient enfin une autorisation d’exercice. En définitive, il peut se targuer d’un niveau «  bac + 18  » ! Comme le Dr Sicsic, premier médecin de sa famille, il a senti la vocation  d’aider, de guérir, appréciant de rendre le sourire à ceux qui viennent le consulter.

 

 

« If you can keep your head when all about you are losing theirs...  »*

La première bataille à mener, de longue haleine, est celle des études de médecine, parmi les plus longues et les plus ardues des études supérieures. En France, elles débutent par la PACES, «  la première année commune aux études de santé  ». Les cours se font aujourd’hui par vidéo, ce qui ne permet pas de poser de questions – mais les nouvelles générations ont en revanche la chance de disposer d’Internet. Les amphithéâtres se vident au fil de l’année, le numerus clausus ne retenant que 10% des candidats. Inutile donc pour l’instant de se projeter plus loin que cette première année dit le Dr Sicsic aux futurs carabins. L’étudiant doit avoir «  le nez dans le cahier  », «  jeter son téléphone portable  », bref être «  asocial  » pendant 1 an ou deux (s’il est autorisé à redoubler). Il existe des «  écuries  », des écoles privées pour accroître ses chances de réussite. Le Dr Sicsic conseille fortement de s’inscrire à la pré-rentrée d’août, dans le cadre du tutorat organisé par l’Université.

 

 

« If you can trust yourself when all men doubt you… »

 

Les années suivantes marquent l’entrée en pratique, de plus en plus poussée, des étudiants, les «  études au lit du malade  » étant une particularité française : stages hospitaliers, gardes et première rémunération dès la 3è année. En fin de 6è année, les «  épreuves classantes nationales  » donnent accès à «  l’internat  », qui dure 3 ans pour le généraliste, 4 à 5 ans pour le spécialiste. Suivant son classement, l’étudiant choisit son CHU d’affectation, ainsi que sa filière de spécialité – mieux vaut en choisir une qui permette de «  faire des actes  », ceux-ci étant plus rémunérateurs que les consultations.

 

 

« If you can wait and not be tired by waiting….»

 

Connaît-on des moments de découragement ? «  Tous les jours  » répondent en chœur les deux médecins. A ceux qui seraient tentés d’étudier à l’étranger, le Dr Badan conseille de tenir compte de la langue d’enseignement, du prix des études (gratuites en France), des modalités de reconnaissance des diplômes dans le pays où l’on souhaite exercer.

 

 

« If you can think - and not make thoughts your aim...»

La pratique n’est «  jamais comme dans les livres  », à l’inverse de ce que pensaient les médecins au temps de Molière. Les deux médecins se rejoignent : «  50% du diagnostic procède de l’interrogatoire, 50% de l’examen clinique  ». Les examens complémentaires, permis par le progrès de la médecine, n’apportent que 10% de certitude en plus.  Que faire si l’on ne trouve pas la cause de la maladie ? A l’hôpital, on consulte un collègue  ; le Dr Sicsic, seul dans son cabinet, est bien obligé parfois de se replonger dans de gros volumes. Car chaque jour, 2 ou 3 cas atypiques conduisent à jouer les Dr House.

 

« If you can walk with Kings - nor lose the common touch...»

En première ligne, notre généraliste doit «  régler les problèmes mineurs, transférer les problèmes majeurs  » et «  ne pas passer à côté des urgences  ». Il dispose d’un «  réseau  » de spécialistes à qui envoyer ses patients et cultive de bonnes relations avec le centre expert du CHU. Le manque de temps étant la principale source de stress, il regrette de devoir consacrer un après-midi par semaine à traiter les questions administratives.

 

« If you can fill the unforgiving minute/ With sixty seconds' worth of distance run...  »

A l’hôpital, l’emploi du temps est aussi chargé : gardes, astreintes, travail de nuit… 70 à 90 heures par semaine. «  Tout le monde peut vous appeler à toute heure - même votre voisin de palier, alors que vous êtes à l’hôpital !  » indique le Dr Badan. Mais pour lui, le stress est surtout lié à la gestion des priorités. Il faudrait «  3 paires de mains, d’yeux.  ». Dès lors, hiérarchiser les problèmes et déléguer aux internes tout en les formant est crucial. Un médecin devant être disponible en permanence, ce métier est-il compatible avec une vie de famille ? Oui,  soutient le Docteur Badan. Mais le Dr Sicsic pointe que la féminisation croissante de la profession met en danger la continuité des soins - les femmes étant appelées sur un autre front... Le Dr Badan soulève la question des rémunérations, insuffisantes selon lui à maintenir les spécialistes à l’hôpital.

 

« If you can talk with crowds and keep your virtue...  »

Tous les malades ne sont pas aussi hypocondriaques qu’Argan, le «  malade imaginaire  ». Mais tous «  ont leur porte d’entrée  » souligne le Dr Badan. Il  reçoit cinquante  patients par jour, et autant de caractères différents. Une consultation peut durer 10 minutes ou 1h30. Tout est dans l’écoute. «  Et il faut savoir se mettre dans la peau du patient  », ce qui permet par exemple de ne pas réagir sur le même ton à une personne agressive. «  Parfois, il faut une semaine pour annoncer un cancer, certaines familles ne voulant pas entendre la nouvelle… On apprend à discerner à quel type de patient on a affaire quand il arrive  ». De son côté, le Dr Sicsic  remarque que les patients consultent pour une raison, qui peut parfois en cacher une plus essentielle. Au médecin de la laisser apparaître. «  La société est en souffrance. On est là pour panser les blessures.» Evidemment, le métier amène à affronter la Grande Faucheuse, dont la victoire est d’autant plus difficile à accepter que le patient est jeune. Mais les médecins savent aussi l’éloigner : «  Quand j’appelle le 15 car je n’ai pas les moyens sur place  », dit le généraliste. «  Quand on parvient à arrêter une hémorragie digestive  », poursuit le gastroentérologue.

 

  «  ...You'll be a (medicine) Man, my son!  »

 

Pour le médecin des Carpates, comme pour son confrère maralpin, le seul remède à la difficulté des études de médecine  et du métier lui-même est d’aimer les gens, de les respecter : «  Tous les gens sont égaux devant un médecin, qu’ils soient SDF ou multi- millionnaires ; seul doit être pris en compte le niveau de gravité de leur état». «Science sans conscience  n’est que ruine de l’âme  » écrivait leur illustre prédécesseur, François Rabelais.

 

*Toutes les citations sont tirées du poème « If » de Rudyard Kipling.

 

 

 
Rencontre avec Carine Aymard

Rencontre avec Carine Aymard, commissaire- priseur associée à Cannes- Enchères.

(compte- rendu réalisé par la classe de 2nde7).

 

 

Qui n'a pas rêvé de tomber, au hasard d’une flânerie dans quelque obscure salle de vente, sur un objet étrange, bijou fascinant ou trésor fabuleux qui nous parle à l’oreille d’un passé qui n’est plus ? Cette plongée dans le monde mystérieux de la poésie des choses ramène à la surface un peu trop lisse de notre époque des vestiges parvenus on ne sait comment à résister au temps. Rebutés par les uns, qui les considèrent au mieux comme une possibilité inattendue de gain, « encombrants » pour les autres, qui voulaient faire table rase de leurs souvenirs surannés et prendre un nouveau départ, ils ont pour qui sait les voir un charme incomparable et subtil.

 

Dans le cadre de l’Accompagnement personnalisé, la classe de 2nde7 a rencontré Carine Aymard, commissaire-priseur associée à Cannes-Enchères. Cette jeune femme recherchait un métier lié à l’art. Après six années d’études, des examens d’aptitude et l’expérience acquise en tant que clerc, elle est depuis 2 ans commissaire- priseur, pratiquant la vente volontaire (80 % de son activité) et judiciaire. Arriver à ce poste convoité est un véritable parcours du combattant : d’abord, pour présenter l’examen de commissaire-priseur, il faut suivre un double cursus en droit et en art (bac + 5) ou avoir effectué sept années de cléricature. Une fois cette étape franchie, les candidats effectuent un stage de deux ans assorti de deux nouveaux examens. Ils sont alors habilités à effectuer des ventes d’objets et meubles confiés par des particuliers qu’on appelle « vente volontaire ». Un autre examen d’aptitude permet de diriger des ventes sous l’autorité du ministère de la justice, dites « judiciaires », suite par exemple à des successions ou des mises sous tutelles.

 

 Les enchères : de la machine à laver au buste de Rodin.

 

Un commissaire- priseur n'a pas seulement à vendre. Il est d’abord un expert. À ce titre, il est chargé d’authentifier les objets qui peuvent être vendus. Le jeudi est la journée d’expertise de C. Aymard : les particuliers lui apportent des objets, des photos et, après un examen minutieux et quelques recherches, elle établit un mandat de vente et propose une première estimation. Les objets pourront alors être vendus dans une vente courante, le mardi, ou dans une vente à thème. Le commissaire-priseur est rémunéré par des commissions qu’il touche sur la vente, mais aussi sur l’achat des objets. L’aspect rémunérateur n’est pas indifférent à notre commissaire-priseur qui voulait un métier artistique, mais aussi « rentable ». Les objets vendus aux enchères couvrent un large empan spatial et temporel. Ils requièrent donc de vastes connaissances et le recours à un expert est indispensable pour estimer des articles aussi délicats que des céramiques chinoises du 4è siècle. Quelle joie de découvrir certains objets, ayant miraculeusement traversé le temps intacts — telle une fine de cognac à 5 000 euros ou une malle Vuitton ayant voyagé sur les paquebots dans les « folles » années 20 ! Les connaissances de C. Aymard se sont affinées au fil du temps : elle est désormais plus à même de distinguer un vrai d’un faux bien imité, de discerner ce qui a été restauré de l’objet encore « dans son jus ». « Mais, ajoute-t-elle, les pièges sont très nombreux ». Qu’a-t-on le droit de vendre ? Les questions de la classe n’ont pas manqué, des tableaux faux aux animaux morts, vivants... Notre commissaire n’a pas pu vendre la tête réduite d’un homme décapité par des Mohicans au 19è siècle !

 

« Drouot ».

Lors des enchères hebdomadaires, le lundi, les objets présentés au public sont très hétéroclites. Dans une salle remplie de brocanteurs et d’habitués, où « bourdonne une foule fiévreuse et impatiente », le commissaire-priseur donne de la voix, « fait l’article », mène rondement les enchères, enchérit au besoin, le téléphone en main, pour un client lointain, tout en freinant les « acheteurs compulsifs », mauvais payeurs qui vont compliquer son travail. Bientôt la vente bat son plein, les mains se lèvent, certains acheteurs se contentant de petits signes voire de simples hochements de tête et c’est au commissaire-priseur d’interpréter justement ces « codes ». Le spectacle est dans la salle, avec les « mauvais joueurs » qui tentent d’intimider le voisin qui enchérit, les frictions... « On est un peu au théâtre », reconnaît C. Aymard. L’atmosphère est plus feutrée dans les ventes à thème, auxquelles assiste un public de spécialistes. Les prix peuvent alors monter. C. Aymard se souvient de la vente d’un tableau de Nicolas de Staël, envolé à 400 000 euros et, plus récemment, d’un bronze de Rodin raflé à 310 000 euros.

 

Le revers de la médaille.

Mais lorsqu’on est propriétaire-associé d’une étude, la tâche est lourde et les responsabilités parfois écrasantes. Cannes-Enchères, ce sont sept personnes : trois associés-propriétaires, une secrétaire, deux clercs, un garçon de salle. Ce sont aussi 70 ventes par an, 500 objets par vente, beaucoup, beaucoup d’inventaires et des journées de 10 à 15 h. Financièrement, les dépenses de fonctionnement (coût des catalogues, de la publicité, du stockage…) s’élèvent à 1 million d’euros par an – plusieurs millions dans d’autres études- tandis que les associés doivent par ailleurs rembourser l’étude (de 350 000  à un ou deux millions d’euros). De son côté, la pratique judiciaire est coûteuse en temps, en procédures… et parfois en procès. Tout cela n’a pas empêché Carine Aymard de se découvrir une nouvelle passion : deux fois par an, elle organise des ventes pour la mode vintage. Elle est aussi incollable sur les marques de vêtements que sur les peintres modernes.

 

Si comme ce jeune homme en délicatesse avec la vie, vous êtes entré, plus par désœuvrement que par goût des objets dans un « cabinet » d’antiquités, attiré par « un tableau confus dans lequel toutes les œuvres humaines et divines se heurtaient », n’allez pas commettre l’irréparable. Sur un marché de l’emploi où les perspectives se réduisent comme une « peau de chagrin », il reste peut-être un espoir. En effet, inévitablement, beaucoup de commissaires-priseurs — « êtres bizarres qui servent de types aux artistes quand ils veulent représenter Moïse » — vont partir à la retraite. Si vous avez, comme Carine Aymard, le goût des objets et des gens, le sens du commerce et celui de lancer des paris, ce métier est peut-être pour vous : « Une fois, deux fois, trois fois… » ? De plus, sa dimension sociale n’est pas à négliger, et, pour ne citer qu’un exemple, le commissaire-priseur retrouve les aspects les plus sombres de la « Comédie humaine » dans les cas où il doit protéger les majeurs incapables contre la rapacité de leurs proches, étant ainsi, à sa façon, le « secrétaire des mœurs » du passé, mais aussi du présent.