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Les élèves de 2D2 participent au projet « Les petits programmateurs »
Les élèves de 2D2 participent au projet « Les petits programmateurs »
 
 
 
Dans le cadre de la liaison 3e/2D, nos élèves de 2D2 ont proposé à une classe de 3e  du collège Les Vallergues, mardi 2 mai, le film « Captain fantastic » de Matt Ross. Ils ont pu voir également le film choisi par les collégiens, «  Mustang » de Deniz Gamze Ergüven. 
 
Cet atelier de programmation s’intègre au Parcours d’Education Artistique et Culturelle inter-degré sur le champ artistique du cinéma proposé par la DAAC.  Durant toute l’année scolaire, les élèves, accompagnés par leur professeur de Lettres, Mme Tissier et Mme Thiery, professeur documentaliste, ont travaillé en partenariat avec la Médiathèque de Noailles et  la MJC Picaud. Ils ont sélectionné plusieurs films et à partir des bandes-annonces, des affiches, des séquences d’ouverture, en ont choisi un destiné à un public plus jeune.
 
 
Le jour des projections, les élèves ont présenté le film choisi, sous des formes variées : vidéos, affiches, chanson… préparées en ateliers durant les semaines précédentes. 
 
 
 
AP des 2ndes13 et 1ère S2 : rencontre avec Mireille Blay-Fornarino, enseignante-chercheuse en Intelligence Artificielle.

Inversons un peu les clichés pour commencer ! C’est l’histoire d’une blonde qui, à 17 ans, pressée de travailler, voulait faire des études courtes. Et puis, enthousiasmée par ses cours d’Informatique et découvrant que son cerveau marchait plutôt bien, elle décide de l’utiliser à plein régime : après un doctorat,  elle obtient quelques années plus tard, un poste de maître de conférence à l’actuelle Polytech ; enfin, habilitée à diriger des recherches, elle devient en 2010 Professeur d’Université.

Aujourd’hui, Mireille Blay- Fornarino enseigne à l’IUT Nice Côte d’Azur, où elle dirige les études de première année de son DUT d’Informatique ; quant à ses recherches, elles s’effectuent, au sein du Laboratoire d’Informatique, Signaux et Systèmes de Sophia-Antipolis, dans une équipe d’environ 80 personnes, baptisée SPARKS, orientée vers l’Intelligence Artificielle, qu’elle a contribué à créer  et qu’elle a dirigée.

Après 25 ans de carrière d’enseignante-chercheuse et trois enfants élevés, le manque d’assurance de la jeune fille qu’elle était a cédé la place à une certitude : les femmes sont trop peu nombreuses dans la recherche scientifique, qu’elles s’y engagent ! Un très bon niveau en Mathématiques est-il exigé ? Pas nécessairement car selon elle, tout est affaire de « passion » et, aiguillonné par les exigences de la recherche, l’esprit devient toujours plus logique.

Le royaume de la chercheuse, l’Intelligence Artificielle, est celui des systèmes informatiques aux capacités cognitives proches de celles des hommes. Les premières S2, très au fait de ses avancées, ne tarissent pas de questions sur les logiciels de reconnaissance vocale et faciale, les objets connectés, ou encore les voitures autonomes.

 

Un métier « qui se construit dans les échanges »

Mireille Blay- Fornarino participe à ce tourbillon de l’innovation qui caractérise le progrès scientifique. Elle ne s’est jamais ennuyée dans son métier, s'associant de près ou de loin à de multiples projets d’une durée de 3 à 4 ans, et pour lesquels il faut sans cesse acquérir de nouvelles compétences. Encadrant des doctorants, elle prend part aux recherches : « On travaille ensemble ».

Ce besoin d’échanger, de partager, est d’autant plus nécessaire quand les partenaires des chercheurs ne sont pas des informaticiens. Ainsi, l’un des projets en cours a pour ambition d’apporter une aide au diagnostic médical en reliant les données des patients à des algorithmes. Mireille cite d’autres travaux, faciles à expliquer à ceux que le jargon informatique rebute : l’un de ses doctorants essaie d’implanter sur des cochons des stimulateurs pour les faire maigrir, dans l’espoir de traiter ensuite l’obésité chez les hommes ; elle-même est particulièrement fière d’un partenariat avec l’institut Clément Ader de Nice qui s’est étendu sur une dizaine d’années, le but étant de concevoir des jeux adaptés à des enfants déficients visuels.

 

Recherche recherche crédits pour la recherche

Tous les travaux de recherche font l’objet d’une évaluation. Si celle-ci s’appuie sur la communication régulière de leurs résultats, c’est, plus formellement, le Haut Conseil de l’Evaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur (HCERES) qui en a la charge. Tous les 4 ans, le laboratoire remet un dossier à un comité d’évaluation, lequel, après l’avoir lu, se rend sur place et écrit un rapport. En fonction de ses conclusions seront décidés les moyens alloués au laboratoire ou même, dans le pire des cas, sa dissolution.

Mais Mireille, par sa fonction d’ « animation » de la recherche, estime que les fonds alloués par l’Etat sont très insuffisants, et ne permettent notamment pas de rémunérer la quarantaine de doctorants oeuvrant au sein de SPARKS. Il faut donc trouver d’autres sources de financement en gagnant des appels à projet ou en nouant des partenariats avec des industriels; enfin, les publications au niveau international de son unité de recherche ont des retombées financières indirectes - notons que sur mille articles proposés aux principales revues, seuls cent sont retenus.

Dès lors, si la chercheuse jouit d’une certaine liberté dans l’organisation de son emploi du temps, elle travaille « tout le temps ». Et quand il faut terminer tard dans la nuit de répondre à des appels d’offres, dont certains resteront sans suite, la recherche, « c’est très dur » ; « la politique », rarement absente des organisations humaines, est aussi une pierre jetée dans le jardin de la science.

 

J’aime, je partage

Heureusement, les relations que l’enseignante-chercheuse entretient avec ses étudiants sont sources de réconfort. Elle leur transmet la beauté de certains raisonnements, mais prend aussi soin de choisir des problématiques rejoignant leurs goûts, comme celle par exemple de relier plusieurs réseaux sociaux. C’est sans doute cette aptitude à concilier les deux facettes de son métier, la recherche et l’enseignement, parfois sources de tiraillements, qui lui permet d’affirmer : « J’ai eu la chance de pouvoir faire de mon métier ce que je voulais qu’il soit », suscitant l’exclamation d’Apolline - « Oh ! c’est beau, ça ! »

 

Brave new world

Ilona ne partage pas l’engouement général : l’Intelligence Artificielle ne va-t-elle pas détruire des emplois? Si elle juge illusoire de vouloir freiner la course à l’évolution, M. Blay-Fornarino en reconnaît les multiples dangers. A cet égard, l’une des plus grandes craintes n’est-elle pas que l’homme disparaisse au profit du robot ? Dans L’Odyssée de l’espace, on voit  le supercalculateur HAL9000 prêt à se débarrasser de ses partenaires humains. Pur fantasme ?

On peut avoir la curiosité de faire la connaissance virtuelle de Sophia, la dernière-née des androïdes femelles enfantée par le génie des chercheurs, presque séduisante si elle n’arborait un cerveau gris acier en lieu de cheveux. On préfèrera juger sa réponse plus « machinale » que prémonitoire quand elle affirme en riant que, oui, elle va « détruire l’humanité ! »
 
AP des 2ndes9 : rencontre avec Alexandre Baccili, kinésithérapeute.

C’est rarement avec plaisir qu’on entre un beau jour dans une salle de kiné remplie d’inconnus pas vraiment flambant neufs, l’un pédalant avec plus ou moins d’entrain sur un cycloergomètre, l’autre tirant inlassablement sur un élastique attaché à un espalier…. Un petit cours d'explication et ça y est, vous faites partie vous aussi, bon gré mal gré, pour des semaines, de ce petit cirque-ambulance. Et finalement, votre nouveau copain…, c’est le kiné !

Le nôtre, c’est Alex. Il est simple, cordial, d’humeur placide – « tudo bem ! », comme on dit au Brésil où, d’ascendance italienne, il a grandi. Avec son léger accent, il dit « tu » à tous ceux qu’il aime, c’est-à-dire à ses patients ! Savoir prêter une oreille attentive et bienveillante à ceux qui le consultent est selon lui la principale qualité d’un thérapeute. Mais, hors de son cabinet, Alexandre Baccili reconnaît qu’il n’est pas facile d’entendre les gens se plaindre, croyant pouvoir être rapidement délivrés de leurs maux. Les jeunes, par exemple! Ils devraient être les plus faciles à soigner, mais ils n’écoutent pas toujours ce qu’on leur dit !

 

D’un continent à l’autre

Le métier qu’Alexandre exerce maintenant depuis 10 ans s’est imposé à lui alors qu’il avait une douzaine d’années : l’une de ses sœurs, handicapée, a retrouvé l’usage de ses jambes grâce à la kinésithérapie.  Par ailleurs, mordu de sport depuis l’enfance, Alexandre a pu très tôt juger de l’intérêt de cette discipline. Plus tard, il choisit d’être physiothérapeute, dénomination utilisée hors de la CEE et englobant la kinésithérapie, l’ostéopathie et la chiropraxie. En France, les études de masseur-kinésithérapeute sont, depuis septembre 2015, de 4 ans après une année de PACES ou de STAPS. Celles d’Alexandre ont duré 8 ans, se déroulant principalement au Brésil, mais également en France (son sujet de master portait sur l’évolution de la scoliose, particulièrement bien soignée dans notre pays), et en Angleterre où, grâce au programme Erasmus, il s’initie au « crochetage », thérapie peu connue visant à séparer les tissus accolés à l’aide de crochets. De retour au Brésil, le goût de l’étude le démange toujours et, pendant 2 ans, tout en exerçant à mi-temps en cabinet et à domicile, il poursuit une spécialisation en kinésithérapie du sport. Pourquoi décide-t-il alors d’exercer en libéral en France, pays où les honoraires sont très encadrés? S’il en regrette les abus, il note que le système français de soins est « le meilleur du monde » ; et, suggère Alexis, c’est en France qu’il a trouvé l’âme soeur.

 

Quand rééducation rime avec investigation

Aujourd’hui à temps plein, Alexandre continue à apprendre, à travers des congrès nationaux ou internationaux, et la lecture de publications scientifiques en anglais – une formation tous les deux ans étant d’ailleurs une obligation légale. Car si certaines pathologies sont récurrentes, comme les lombalgies, les applications de la kinésie sont étendues et variées ; le diagnostic du médecin doit parfois être précisé, approfondi ou complété et trouver le bon traitement peut s’avérer ardu. Chercher est passionnant, l’échec d’autant plus frustrant. Alexandre se souvient avec amertume de cette jeune femme atteinte d’une sclérose en plaques dont il n’est pas parvenu à freiner la rapide progression. Pour conserver sa sérénité face aux difficultés, notre kinésithérapeute dispose d’un remède infaillible, qu’il conseille d’ailleurs à ses clients : le sport !

 

 « Filho Maravilha, nós gostamos de você !»

Ainsi chantait Jorge Ben à propos du footballeur brésilien Maravilha, autre spécialiste du crochetage, dont le but avait sauvé le club du Flamengo. Edouard lance avec un sourire complice : « Neymar ou Ronaldo? » Neymar, bien sûr, même si le sportif favori d’Alexandre, c’est Lance Armstrong - il s’est dopé ? Tout comme les autres! Mais quel «mental d’acier » ! Et naturellement, soigner les athlètes est ce que notre kinésithérapeute préfère. Nous l’interrogeons sur les sports les plus traumatiques, sur ses recommandations aux jeunes sportifs… La question qui brûle les lèvres est de savoir « s’il a soigné des champions». Oui, au Brésil, des footballeurs ; en France, surtout des pros du cyclisme, de la course à pied et du triathlon, sports que lui-même pratique. D’ailleurs, l’une de ses plus grandes fiertés est d’avoir identifié l’origine de la douleur lombaire d’un cycliste de l’équipe Cofidis, lequel a ensuite pu obtenir une 50è place au tour de France : il était atteint d’une malformation très rare du nerf sciatique (celui-ci passant au milieu du muscle).

 

Un métier pour les geeks ?

Fasciathérapie, PCP thérapie, pressothérapie, thermothérapie, cryothérapie, impulsions par électrodes…Alexandre, toujours à l’affût de nouvelles stimulations intellectuelles, suit de près toutes les innovations. Sa dernière emplette, plutôt onéreuse, est un tapis roulant « anti-gravité » Alter G, dont les exemplaires se comptent en France sur les doigts de la main : outil tant de rééducation que de préparation physique, il permet de se délester de son poids…et de courir comme en apesanteur! Mais loin d’Alexandre l’idée de se cantonner dans une médecine techniciste. L’expérience lui a appris qu’une pathologie ne peut être considérée isolément, en ignorant tout de l’histoire et de l’environnement du patient. D'ailleurs, s’il a paru si « épanoui » aux élèves, c’est que, par tempérament, il n’aime pas « s’enfermer », pas même dans le plus beau métier.

 

Toujours en mouvement

Ainsi, les deux cabinets quil a créés, (le premier à Antibes, le second très récemment à Nice pour répondre aux demandes de lest du département) sont constitués d’équipes pluridisciplinaires rassemblant à lheure actuelle une quinzaine de praticiens exerçant en libéral (dont trois médecins, un ostéopathe, deux infirmiers) assistés dun secrétariat. Comme on pouvait sen douter, Alexandre « aime bien les défis ». Ses prochaines conquêtes? Elles lui permettront, en suivant les progrès de sa discipline, de soigner de mieux en mieux ses patients ; apportant par ailleurs sa contribution au décloisonnement du système de soins, il envisage dans le futur douvrir une troisième « maison médicale ». A Cannes, bien sûr!

 

 
AP des 2ndes2 : rencontre avec Philippe Hayat, entrepreneur, écrivain, fondateur de l’association 100000 entrepreneurs.

 

 

« Qu’est-ce que j’peux faire ? j’sais pas quoi faire ! » répétait Anna Karina dans Pierrot le fou. Qui, parmi les jeunes gens d’hier et d’aujourd’hui,  ne s’est jamais posé cette question ? Mais Philippe Hayat pense que peu sont ceux qui réfléchissent vraiment à ce qu’ils veulent faire. Pourtant cela donnerait du sens à leur vie, et l’on ne fait bien que ce que l’on aime. Bizarrement, lui qui est un « enfant de la balle », n’aura pas d’idée précise avant 30 ans quand, rachetant l’entreprise de son grand-père, il dira oui pour toujours à l’entreprenariat.

            En attendant, il a fallu patienter et mettre toutes les chances de son côté. Philippe Hayat ne craint pas de dire que sa scolarité a été un long « bachotage » : dictées quotidiennes pendant les vacances, exercices de Maths par cinquantaines avant les contrôles. À l’adolescence, sa seule certitude étant qu’il ne veut dépendre de personne, il choisit la voie royale, celle des Grandes Ecoles qui mènent en principe à tout. Ce sera Polytechnique puis l’ESSEC, une école de commerce également réputée : une double voie royale, en quelque sorte ! S’ensuivent des débuts dans le conseil, ainsi que diverses expériences à l’issue desquelles il peut, enfin, voler de ses propres ailes. Depuis, il a multiplié les créations et les reprises d’entreprises dans le domaine de l’industrie, des technologies et des services, et il codirige aujourd’hui un fonds d’investissement pour PME innovantes.

            De son parcours, il tire un enseignement : lorsqu’on ne sait pas vers quel métier se diriger, mieux vaut opter pour les études généralistes les meilleures qui soient. Avec le recul, elles servent énormément : savoir rédiger, maîtriser les mathématiques, connaître l’histoire et la géographie, tout est utile dans le monde de l’entreprise. Mais avant tout, les études nous auront apporté une précieuse capacité à poser les problèmes de façon rationnelle.

 

            Capital Rêve

           

            Néanmoins, le dur labeur aurait peu d’attraits et serait plutôt un repoussoir s’il ne permettait à chacun de réaliser le rêve qu’il porte en soi, et qui reflète sa personnalité ; pour cela, il faut peu à peu le circonscrire, l’éprouver, pour lui donner enfin forme concrète. Mais celui qui « entreprend » ne peut faire face aux défis qu’il rencontre de manière scolaire. Il lui faut poser des questions, et pousser la curiosité assez loin pour savoir y répondre ; accepter, avec humilité, l’erreur quotidienne, et persévérer dans un projet qui, en entreprise, est nécessairement collectif. Il en tirera un sentiment de liberté, et la satisfaction d’avoir prise sur la réalité, pour incertaine et changeante qu’elle soit. « Le monde se révèle aux entreprenants»  proclame Philippe Hayat.

            Nul besoin pourtant de coller à l’image type de l’entrepreneur, supposé enclin à la prise de risque et naturellement porté vers l’innovation. Notre chef d’entreprise ne se trouve ni génial, ni visionnaire ; pire encore, il n’écoute pas ses intuitions, car il a très peur de se tromper. Mais de ses défauts, il a su faire des qualités : il confronte ainsi très vite ses idées au «terrain », pour vérifier leur pertinence, et associe ses collaborateurs à sa réflexion, libre à eux d’animer aussi « un projet qui leur ressemble ».

            Porté par un rêve, l’entrepreneur est constamment rattrapé par les dures lois du réel. La concurrence est rude, les clients négocient âprement, et un licenciement affecte grandement le moral des salariés. Dès lors, la belle aventure, qui risque à tout moment de s’achever, occupe en permanence l’esprit de celui qui s’y est engagé. Il faut pourtant savoir se ménager des temps de repos et de détachement ; c’est ce que Philippe Hayat a appris de son père, qui lui a donné le « modèle » d’une vie équilibrée entre son entreprise et sa famille.

 

            «Les Matinaux» 

 

            Notre entrepreneur fait aussi partie des « matinaux », titre d’un recueil de René Char. Pour lui, « l’aventure commence à l’aurore »… par l’écriture. Auteur d’un roman et de plusieurs essais, il cite surtout les poètes parmi ceux qui éclairent sa route. Sa propre expérience trouve en effet une résonance dans Feuillets d’Hypnos, du poète précité, chef de maquis en Provence pendant la guerre. « Il devait prendre des décisions dans un monde très hostile… Et il insiste beaucoup sur la nécessité de se construire, de se dépasser, et de recueillir les fruits de son courage ». Comme tout lecteur, Philippe Hayat s’approprie ce qu’il lit. Et s’il ne craint pas d’associer entreprenariat et poésie, c’est sans doute parce que cette dernière constitue à la fois une quête intérieure et une manière nouvelle d’aborder la réalité. Ces «yeux fertiles» posés sur le monde, comme l’écrivait Eluard qu’il affectionne également, cette envie d’en saisir toutes les opportunités, lui permettent de se sentir proche de la jeunesse.

 

« Jeunes gens, ayons bon courage ! Si rude qu’on nous veuille faire le présent, l’avenir sera beau. »

 

            Philippe Hayat place ces mots de Victor Hugo dans la préface d’Hernani en exergue de son essai L’avenir à portée de main, écrit en 2015. Car s’il loue « l’agilité » de ces férus de nouvelles technologies, lesquelles peuvent, de manière stupéfiante, faciliter et démultiplier toute initiative, il les exhorte à faire bon usage de toute leur fraîcheur et de toute leur force. Cela l’a conduit à créer 100000 entrepreneurs, une association qui veut instiller chez les jeunes l’esprit d’entreprise, de l’école à l’université. En effet, ce n’est pas l’argent qui fait défaut, ce sont les bonnes idées.

            « Quelqu’un dans la classe en a-t-il une ? » demande-t-on aux élèves. Oui : Ludovica veut, en lien avec les maisons de disques, promouvoir les jeunes artistes auprès de leurs fans. En quelques questions, Philippe Hayat l’aide à identifier plus clairement ses clients, son offre (rencontres, concerts, opérations sur les réseaux sociaux…), son mode de rémunération, et il l’invite enfin à soumettre son idée à tous les acteurs potentiels. La jeune Italienne se souhaite à elle-même autant de succès dans les affaires que l’entrepreneur !

            Mais qu’on ne s’y trompe pas, on ne devient pas « chef », quel que soit le domaine, du jour au lendemain, comme le promettent les émissions de téléréalité. Philippe Hayat, qui se reproche son naturel très impatient, a appris que rien ne se faisait sans le temps. Mais ce qu’il semble savoir depuis toujours, c’est que le travail est bien ce trésor que le laboureur promettait à ses enfants.
 
AP des 2nde2, 2nde3, 2nde5 et 2nde11 : rencontre avec Corinne Rivière, comédienne à Cannes.

   

Ce qu’elle préfère dans son métier ? La scène ! « C’est tellement jouissif d’entrer dans la vie de toutes sortes de personnes ! » s’exclame Corinne Rivière. A cela s’ajoute le bonheur d’être portée par le public, par son rire ou son attention silencieuse. Les applaudissements, elle en redemande. C’est si gratifiant ! On ne fait pas ce métier « sans une grande demande de reconnaissance ». Dès lors, le métier d’acteur de cinéma est pour elle une sorte de tue-l’amour, n’autorisant qu’un jeu fragmenté, entre deux prises de vue, sur un plateau occupé par des artistes ou des techniciens de l’image. Corinne est comédienne, presque au sens de la langue classique où le mot s’opposait parfois à « tragédien(ne) », car elle préfère les rires aux pleurs, remarquant néanmoins que les emplois comiques contiennent de manière latente leurs opposés tragiques.

 

 Une vocation impérieuse

 

  « Ce n’est pas moi qui ai choisi le théâtre, c’est lui qui m’a choisie » dit Corinne avec force. Il est entré dans sa vie de manière banale, un simple passe-temps pratiqué au lycée, puis dans une MJC de la région parisienne. Mais pour lui, elle a arrêté une licence de lettres à la Sorbonne. Et quand, plus tard, il lui est arrivé de gagner sa vie sans lui, elle en pleurait : ce n’était pas elle ! Le théâtre l’a comblée. Des années de bonheur fou, partagé avec le public, les seuls mauvais souvenirs étant les accidents de plateau : continuer à jouer, au bord de l’évanouissement, après s’être cogné le pied ; une chaise qui se casse et qui devient inutilisable, rendant impossible le bon déroulement de la scène.

 

  Tout a vraiment commencé quand elle a rencontré Anca Ovannez-Dorosenco, ex-directrice du théâtre de Bucarest, réfugiée politique en France, qui lui offre ses premiers grands rôles. Puis, elle se forme au gré de stages, à Paris. Son jeu sera définitivement marqué par la méthode de Stanislavski, cet homme de théâtre russe qui, débarrassant le jeu de l’acteur de son artificialité et de sa grandiloquence, a nourri tant le théâtre que le cinéma du XXè siècle : le comédien, en faisant appel à son propre vécu et à son imagination affective, doit trouver les émotions qui se rapprochent le plus de celles du personnage, et entrer en quelque sorte dans sa vie. A cet exercice, les comédiens les plus âgés, riches d’un ondoyant passé, excellent. 

 

« Aller vers le personnage »

 

  A l’une de ses élèves qui doit jouer Violaine, une jeune fille mystique, accablée de terribles maux, dans L’Annonce faite à Marie de Claudel, Corinne prodigue les conseils suivants : s’imprégner bien évidemment de l’auteur et de son œuvre, mais aussi se renseigner sur la lèpre, assister à une messe avec des aveugles, regarder une adaptation cinématographique de La Religieuse de Diderot…C’est ensuite qu’elle pourra commencer à apprendre son rôle.

  Mais la tâche d’un comédien commence bien en amont. Il s’agit d’abord, comme dans le chant, d’apprendre à utiliser sa voix, et donc à respirer par le ventre, pour éviter d’abîmer ses cordes vocales ; ensuite, d’assouplir son corps pour qu’il se plie sans heurts à toutes les postures – aux Etats-Unis, le comédien doit être aussi un danseur, un chanteur, un mime, un clown…. Mais la plasticité concerne aussi son esprit : il lui faut apprendre à «lâcher prise », à laisser tomber tout regard critique sur lui-même, « à faire la poule sans peur du ridicule » ; enfin, la concentration est une autre qualité à développer pour ne pas « décrocher » et « perdre le personnage » au cours de la représentation –elle se solde par l’épuisement quand le rideau tombe. Notons que Corinne a utilisé les techniques du théâtre pour aider ceux qui exercent des fonctions de représentation : comment communiquer par la voix, par le regard, le maintien ? Elle a notamment formé le personnel de salle des plus grands restaurants et contribué au succès des « meilleurs jeunes sommeliers » de France.

 

Une vie vouée au théâtre

 

  Corinne n’a pas seulement interprété un grand nombre de rôles issus des répertoires classique et contemporain ; elle a aussi créé des costumes, des décors, écrit et monté des pièces. Pour elle, « le théâtre est un espace de recherche et de liberté », porté par des siècles de réflexion et de pratique que le comédien ne peut ignorer même s’il parle toujours à son temps ; le metteur en scène choisit une pièce parce que, d’accord avec les acteurs, il a quelque chose à transmettre au public. Si une scène peut être jouée de multiples façons, une seule lui conviendra. Corinne a récemment interprété une pièce courte de Guy Foissy (dans Variations assassines) à l’humour très noir : deux promeneuses s’offusquent …de découvrir un enfant mort sur le trottoir. A l’heure où les migrants affluent dans des conditions effroyables en Europe, la pièce écrite il y a quelques années prend une résonance particulière : « pour vivre heureux, cachons ce qui nous dérange », résume ironiquement Corinne.

  Monter des spectacles qui lui tiennent à cœur et leur garantir une plus grande audience, telle est l’une des ambitions de la compagnie que Corinne a créée il y a six ans, scellant son mariage avec le théâtre d’un lien indéfectible. L’Eclat de Rêve porte bien son nom tant les projets foisonnent : la comédienne prépare son entrée au festival d’Avignon au printemps prochain, sans oublier pour autant son activité bénévole de « théâtre sans frontières » dans les maisons de retraite, les hôpitaux,…les lieux d’isolement; à Cannes, rue Léon Noël, une salle de spectacles de 35 places, dont la mise aux normes est en cours, permettra bientôt d’inviter d’autres compagnies; et les locaux dans lesquels elle dispense des cours d’art dramatique vont bientôt s’agrandir…

 

  Et nous les ados, pourquoi ferions-nous du théâtre ? « pour apprendre à vous connaître, à vous dépasser, à maîtriser le trac,… à vous concentrer aussi ! – gros déficit de votre génération ! » répond Corinne. Allez ! sortez de vos chambres douillettes, ôtez vos scaphandres, lâchez vos bidules dernier cri ; venez clamer tout ce qui vous passe par la tête, inventer des gags farcesques, donner la réplique à un irrésistible Dom Juan ou à une piquante Célimène ; venez réchauffer votre cœur au sein d’une petite troupe pleine d’entrain et rejoindre ainsi la grande famille du théâtre. Y a d’la joie ! Y a d’la joie ! 

 
AP des 2ndes9 : rencontre avec Alexandre des Isnards, auteur du Dictionnaire du nouveau français.

Les élèves l’ont trouvé « stylé », trop « cool », voir carrément « swag ». Alexandre des Isnards a su trouver le ton, allant jusqu’à « se taper des barres » avec eux, mais restant simple et honnête sur son parcours.

        Après des débuts universitaires prometteurs mais hésitants, dont Sciences Po Paris, il entreprend un 3è cycle d’affaires internationales « pour donner un côté business » à son cv. Malgré cela, ce jeune parisien ne sait toujours pas quoi faire dans la vie. Alors, surfant sur la toute nouvelle vague d’Internet, il décide de travailler en agence de communication, puis en web agency. Avec Thomas pourtant, son meilleur ami, basé à Toulouse, ils s'interrogeaient : pourquoi, en entreprise, les gens sont-ils au fond si peu épanouis derrière leurs sourires contrefaits? « Un jour, Thomas m’envoie par mail un petit dialogue…J’ajoute quelques petites phrases rigolotes… ». Ils tenaient l’idée qui allait faire leur succès. Leur analyse fut alors simple : comme plus personne n'a le temps de lire, il fallait écrire un texte qu’on ne puisse plus lâcher, après une journée sous pression dans une tour de « la Défonce », quartier d’affaires bien connu. Ca a donné L’open space m’a tuer, paru en 2008 : « dans des saynètes truculentes, on découvre les souffrances et les désillusions de la génération de l’open space, […] les dures réalités des nouvelles méthodes de management » (4è de couverture.). Avec ses 150000 exemplaires, ce fut un best-seller.

Trois ans plus tard, le duo publiait Facebook m’a tuer, court ouvrage qui montre ce que Facebook, Google, Tweeter…ont changé dans les rapports humains : quand 169 invités « viendr(ont) peut-être » à une pendaison de crémaillère, comment faire « peut-être » faire quelques courses ? … comment un romantique trop sincère pourra-t-il dégoter une Meetic girl s’il n’est pas coaché par un ami malin qui lui révèle comment « jouer le volume » ? …Quant aux amoureux, «always connected », un sms qui reste en rade, et on frôle la catastrophe sentimentale…Le couple part à Bali ? Waoooouh !...mais seulement s’il y a des photos sur Facebook ! …Thomas, avec son talent « visuel », « de cinéaste », Alexandre, avec celui des dialogues qui font mouche, trouvent ce qui prête à rire dans les petits et grands moments de la vie d’aujourd’hui.

 

 Dans le creux de la vague

 

Ils écrivaient à quatre mains, ils avaient l’impression de ne faire qu’un comme dans toutes les grandes amitiés… Mais Thomas, celui qu’il appelait « le compadre », est mort en novembre 2011 et Alexandre, le cœur arraché, a mis beaucoup de temps à s’en remettre. Il a continué seul son chemin et s’est tourné, par nécessité, vers d’autres métiers : enseignant, conférencier, chroniqueur - commentant par exemple dans la colonne hebdomadaire intitulée « Le jargonaute » de la revue Management , une expression dans le vent, comme « on n’est pas des bisounours »… Lui non plus et, sans « (s’)inventer une vocation d’écrivain », il s’est décidé de manière pragmatique à reprendre un jeu qui, somme toute, lui réussissait assez bien …

 

Un dictionnaire pour être à la page

 

Si notre auteur a connu les feux des médias, du studio de radio au plateau télé, expériences plutôt intimidantes, il a aussi essuyé des critiques; en particulier, celle d'adopter un style "relâché", une manière pourtant dans l'esprit de la sociologie de retranscrire fidèlement la langue de ses contemporains, et qui fait en outre toute la saveur des dialogues. Dans la préface du Dictionnaire du nouveau français, qu’il publie en 2014, il affirme sans ambages qu'il faut « ouvrir plus grande la porte » à ces mots « qui en disent long sur l'évolution de la société ». Mais s’il n’est pas un puriste, il condamne les mots à la mode qui prennent le dessus sur les autres et font perdre à la langue ses nuances. Pourquoi se gargariser du verbe « impacter » alors que le français nous offre « toucher », « affecter », « meurtrir »… ? La créativité du langage le subjugue, celui émanant des jeunes en particulier. Et comme tout lexicographe, il cherche l'origine des mots, analyse leur évolution et estime leur longévité, s’appuyant beaucoup sur Google et sur Topsy (site qui recense tous les tweets depuis leur création). 

 

Trucs en plumes… (recyclons Zizi Jeanmaire)

 

Alexandre n'est pas jaloux des romanciers à succès dont il observe les recettes, admire le talent de conteur, mais guère le style "à l'eau de rose", très éloigné du sien, volontiers parodique. A mi-chemin de l’ethnologue et du satiriste, il observe, écoute, puis note les expressions qui « sonnent vrai » sur son bloc-note ou sur son smartphone, Tout lui est bon, la rue ou les réseaux sociaux. Sur Facebook, il « accepte » tout le monde, et peut se prévaloir -avec les « apprenants » de 2nde9- de 835 « amis » ; sur Tweeter, il se contente de « faire de l’espionnage ».

Et si on venait le concurrencer sur son terrain ? Notre essayiste sait quel chemin il a parcouru, le temps qu’il lui a fallu pour creuser son sillon…et il affiche une sérénité prudente. Car ne lui parlez pas d’inspiration : « C’est un mythe pour les paresseux ». Il aime citer l’affirmation abrupte d'Hemingway : "Le premier jet est de la m…". Chacune des saynètes de ses premiers livres ont été réécrites 40 à 50 fois. Et Thomas et lui avaient mis quatre ans pour écrire l’extrait de quatorze pages qui a convaincu leur éditeur !

Cet éditeur, c’est Guillaume Allary, qu’il a suivi d’Hachette Littérature au groupe Robert Laffont, et enfin dans la maison d’édition créée en 2014 qui porte son nom. « Bravo ! Tout est là! » s’exclame cet homme, avec qui il a « une relation extraordinaire », quand on lui donne un manuscrit à relire. Tous les ingrédients d’un bon livre sont là, mais vu les multiples annotations en rouge, il ne reste plus qu’à recommencer.

 

Alexandre lève le voile sur son prochain livre. Sachez seulement qu’il s’appuiera sur un je ne sais quoi, un presque rien…qui parfume l’air du temps, infiltre l’esprit de ses contemporains, teinte les conversations. Un troisième best-seller ? Allez le quadra, on le sent bien, faut que t’y ailles winneur !
 
AP des 2ndes 12 : visite de CréACannes, pépinière d’entreprises cannoise.

La pépinière CréACannes héberge et accompagne temporairement de toutes jeunes entreprises à la pointe du progrès. Sa responsable, Laureen Cardin, a choisi de nous présenter quatre jeunes « plants » du domaine de l’image : Vincent Gambardella, que ses débuts dans la communication ont sensibilisé au message que véhicule l’image, a créé une auto- entreprise spécialisée dans la photo et la réalisation de vidéos. Il travaille principalement pour les agences événementielles, mais nous a montré un clip réalisé pour l’Université de Nice, présentant aux étudiants potentiels le cadre enchanteur de la promenade des Anglais occupé par une foule de jeunes coureurs; Christophe Vestri, docteur ès sciences, a fondé en 2014 3DVTech, un bureau d’étude spécialisé dans le développement de technologies d’imagerie numérique, utilisées en particulier pour le cinéma 3D et la réalité augmentée. Il  nous a donné un aperçu de la fabrication des images 3D, encore à un stade expérimental ; Michel Thomazeau a lancé en 2013 Cubical Drift, studio de jeu indépendant, fort aujourd’hui d’une douzaine de collaborateurs, dont 6 salariés à temps plein. Son premier projet, «Planets», un jeu de rôle dans un monde constitué de blocs, a d’abord été porté avec succès par l’entreprise américaine de financement participatif Kickstarter. L’équipe a alors pu s’installer dans les locaux de la pépinière et a livré il y a quelques semaines la version « alpha » du jeu; enfin, Charles-Henri Marraud de Grottes, réalisateur-scénariste créateur de Zap and Clap, une société de production de films, a mis en avant le concept prometteur d’ « immerciné », qui combine le cinéma avec la réalité virtuelle.

Les élèves, qui appartiennent à la génération de l’image, se sont tous sentis réellement concernés !

 

 
AP des 2ndes 12 :

Rencontre avec Dominique Desjeux, chercheur et professeur émérite d’anthropologie sociale et culturelle à la Sorbonne.

Dominique Desjeux avait toujours voulu faire « du social », il a fait de « la socio ». Et âgé d’une vingtaine d’années, il entre comme chercheur au centre de Sociologie des Organisations (CNRS) dirigé par Michel Crozier. Ce sociologue l’initie aux enquêtes micro-sociales, « de terrain », ce qui « lui fera gagner vingt ans » dans sa réflexion. La première qu’il a menée sous sa direction, concernait la politique industrielle française et elle l’a profondément marqué. Il y a vu, leçon utile pour la suite, comment sont organisés les réseaux « pré-numériques », en l’occurrence celui du corps des mines

A 25 ans, il part pour l’Afrique. Il est d’abord coopérant à Madagascar, où il découvre l’anthropologie - guère différente à ses yeux de la sociologie- « par hasard » à travers l’étude du monde paysan. Puis, au Congo-Brazzaville, il fait de la recherche et enseigne. Le retour en France, en 1979, ne sera pas sans difficultés. A des problèmes personnels s’ajoutera à deux reprises l’expérience du chômage, qu’il est sans doute « le seul professeur à la Sorbonne à avoir connu ». Mais Dominique Desjeux « a appris à se battre» et soutient en 1986 son doctorat d’Etat. Après avoir enseigné quelques années à l’école d’agriculture d’Angers, il devient en 1988 professeur d’anthropologie sociale et culturelle à la Sorbonne. Dès lors, il ne cessera d’accumuler les fonctions et les missions les plus diverses, la recherche et la publication étant ses piliers.   

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AP des 2ndes 13 et des 1ères S5 :

Rencontre avec le Docteur Badan, gastroentérologue à l’hôpital de Cannes,

et le Docteur Sicsic, généraliste au Cannet.

 

 

 
Le Docteur Sicsic, installé aujourd’hui au Cannet, a passé son bac au lycée Carnot et fait ses études à l’Université de Nice. Il officie comme médecin généraliste depuis 21 ans. «  Un beau métier  » qui lui permet de «  voir  la vraie vie des gens, de percevoir les évolutions de la société  » - il a suivi certaines familles sur quatre générations, et connaît des patients depuis plus de 20 ans. Il ajoute être aussi «  psychologue, conseiller conjugal, gestionnaire, comptable, informaticien…  ». Les seuls qui «  restent au front, déclare-t-il, sont les généralistes  », déplorant qu’ils se raréfient. La médecine devient en effet de plus en plus technique et le nombre de spécialistes s’accroît.

 

 

Le Docteur Badan, gastroentérologue à l’hôpital de Cannes, en fait partie. Lui aussi utilise une métaphore guerrière, évoquant son «  parcours du combattant  ». Né sans une petite ville de Moldavie – un pays francophone -, il débute en chirurgie pédiatrique. Arrivé en France en 2007, il fait d’abord fonction d’interne dans le service de gastroentérologie de l’hôpital de Cannes de 2008 à 2010; puis, après avoir passé des examens complémentaires, demandé des équivalences et perfectionné son français, il obtient enfin une autorisation d’exercice. En définitive, il peut se targuer d’un niveau «  bac + 18  » ! Comme le Dr Sicsic, premier médecin de sa famille, il a senti la vocation  d’aider, de guérir, appréciant de rendre le sourire à ceux qui viennent le consulter.

 

 

« If you can keep your head when all about you are losing theirs...  »*

La première bataille à mener, de longue haleine, est celle des études de médecine, parmi les plus longues et les plus ardues des études supérieures. En France, elles débutent par la PACES, «  la première année commune aux études de santé  ». Les cours se font aujourd’hui par vidéo, ce qui ne permet pas de poser de questions – mais les nouvelles générations ont en revanche la chance de disposer d’Internet. Les amphithéâtres se vident au fil de l’année, le numerus clausus ne retenant que 10% des candidats. Inutile donc pour l’instant de se projeter plus loin que cette première année dit le Dr Sicsic aux futurs carabins. L’étudiant doit avoir «  le nez dans le cahier  », «  jeter son téléphone portable  », bref être «  asocial  » pendant 1 an ou deux (s’il est autorisé à redoubler). Il existe des «  écuries  », des écoles privées pour accroître ses chances de réussite. Le Dr Sicsic conseille fortement de s’inscrire à la pré-rentrée d’août, dans le cadre du tutorat organisé par l’Université.

 

 

« If you can trust yourself when all men doubt you… »

 

Les années suivantes marquent l’entrée en pratique, de plus en plus poussée, des étudiants, les «  études au lit du malade  » étant une particularité française : stages hospitaliers, gardes et première rémunération dès la 3è année. En fin de 6è année, les «  épreuves classantes nationales  » donnent accès à «  l’internat  », qui dure 3 ans pour le généraliste, 4 à 5 ans pour le spécialiste. Suivant son classement, l’étudiant choisit son CHU d’affectation, ainsi que sa filière de spécialité – mieux vaut en choisir une qui permette de «  faire des actes  », ceux-ci étant plus rémunérateurs que les consultations.

 

 

« If you can wait and not be tired by waiting….»

 

Connaît-on des moments de découragement ? «  Tous les jours  » répondent en chœur les deux médecins. A ceux qui seraient tentés d’étudier à l’étranger, le Dr Badan conseille de tenir compte de la langue d’enseignement, du prix des études (gratuites en France), des modalités de reconnaissance des diplômes dans le pays où l’on souhaite exercer.

 

 

« If you can think - and not make thoughts your aim...»

La pratique n’est «  jamais comme dans les livres  », à l’inverse de ce que pensaient les médecins au temps de Molière. Les deux médecins se rejoignent : «  50% du diagnostic procède de l’interrogatoire, 50% de l’examen clinique  ». Les examens complémentaires, permis par le progrès de la médecine, n’apportent que 10% de certitude en plus.  Que faire si l’on ne trouve pas la cause de la maladie ? A l’hôpital, on consulte un collègue  ; le Dr Sicsic, seul dans son cabinet, est bien obligé parfois de se replonger dans de gros volumes. Car chaque jour, 2 ou 3 cas atypiques conduisent à jouer les Dr House.

 

« If you can walk with Kings - nor lose the common touch...»

En première ligne, notre généraliste doit «  régler les problèmes mineurs, transférer les problèmes majeurs  » et «  ne pas passer à côté des urgences  ». Il dispose d’un «  réseau  » de spécialistes à qui envoyer ses patients et cultive de bonnes relations avec le centre expert du CHU. Le manque de temps étant la principale source de stress, il regrette de devoir consacrer un après-midi par semaine à traiter les questions administratives.

 

« If you can fill the unforgiving minute/ With sixty seconds' worth of distance run...  »

A l’hôpital, l’emploi du temps est aussi chargé : gardes, astreintes, travail de nuit… 70 à 90 heures par semaine. «  Tout le monde peut vous appeler à toute heure - même votre voisin de palier, alors que vous êtes à l’hôpital !  » indique le Dr Badan. Mais pour lui, le stress est surtout lié à la gestion des priorités. Il faudrait «  3 paires de mains, d’yeux.  ». Dès lors, hiérarchiser les problèmes et déléguer aux internes tout en les formant est crucial. Un médecin devant être disponible en permanence, ce métier est-il compatible avec une vie de famille ? Oui,  soutient le Docteur Badan. Mais le Dr Sicsic pointe que la féminisation croissante de la profession met en danger la continuité des soins - les femmes étant appelées sur un autre front... Le Dr Badan soulève la question des rémunérations, insuffisantes selon lui à maintenir les spécialistes à l’hôpital.

 

« If you can talk with crowds and keep your virtue...  »

Tous les malades ne sont pas aussi hypocondriaques qu’Argan, le «  malade imaginaire  ». Mais tous «  ont leur porte d’entrée  » souligne le Dr Badan. Il  reçoit cinquante  patients par jour, et autant de caractères différents. Une consultation peut durer 10 minutes ou 1h30. Tout est dans l’écoute. «  Et il faut savoir se mettre dans la peau du patient  », ce qui permet par exemple de ne pas réagir sur le même ton à une personne agressive. «  Parfois, il faut une semaine pour annoncer un cancer, certaines familles ne voulant pas entendre la nouvelle… On apprend à discerner à quel type de patient on a affaire quand il arrive  ». De son côté, le Dr Sicsic  remarque que les patients consultent pour une raison, qui peut parfois en cacher une plus essentielle. Au médecin de la laisser apparaître. «  La société est en souffrance. On est là pour panser les blessures.» Evidemment, le métier amène à affronter la Grande Faucheuse, dont la victoire est d’autant plus difficile à accepter que le patient est jeune. Mais les médecins savent aussi l’éloigner : «  Quand j’appelle le 15 car je n’ai pas les moyens sur place  », dit le généraliste. «  Quand on parvient à arrêter une hémorragie digestive  », poursuit le gastroentérologue.

 

  «  ...You'll be a (medicine) Man, my son!  »

 

Pour le médecin des Carpates, comme pour son confrère maralpin, le seul remède à la difficulté des études de médecine  et du métier lui-même est d’aimer les gens, de les respecter : «  Tous les gens sont égaux devant un médecin, qu’ils soient SDF ou multi- millionnaires ; seul doit être pris en compte le niveau de gravité de leur état». «Science sans conscience  n’est que ruine de l’âme  » écrivait leur illustre prédécesseur, François Rabelais.

 

*Toutes les citations sont tirées du poème « If » de Rudyard Kipling.

 

 

 
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