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AP des 2ndes 14 : rencontre avec Kevyn KOHLER, co-gérant d’AKTISEA
Dans le cadre de l’Accompagnement Personnalisé, la classe de 2nde14 a rencontré Kevyn KOHLER, co-gérant d’AKTISEA, « entreprise adaptée » (avec le parrainage de l’association 100000 entrepreneurs)...
 
 
AP des 2ndes 14 : rencontre avec Kevyn KOHLER, co-gérant d’AKTISEA, « entreprise adaptée » (avec le parrainage de l’association 100000 entrepreneurs).
 
Parfois, pour trouver une bonne idée, il suffit de jouer des hasards de la vie : une mère inspectrice de l’Education Nationale chargée du handicap ; un accident de la route qui vous oblige à faire une partie de vos études supérieures en fauteuil roulant. La création d’une « entreprise adaptée », c’est-à-dire réservant plus de 80% des emplois à des personnes en situation de handicap, s’impose alors progressivement à vous. Son activité? A la fois le soutien commercial (prospection téléphonique, qualification de bases de données, veille concurrentielle…) et l’accompagnement des « Missions Handicap » des grands groupes dans leurs actions de recrutement. En langage commercial, ça donne : « activateur de contact », «détecteur de talents ».

Cette entreprise, c’est AKTISEA, créée en 2012 par Kevyn Kohler, âgé aujourd’hui de 31 ans, et Alban Grolleau. Mais ne croyez pas que ses 35 salariés soient très différents des salariés ordinaires. Au contraire, selon Kevyn, les personnes porteuses de handicap – celui-ci étant le plus souvent invisible - sont tout aussi dynamiques et efficaces que les valides. Chez AKTISEA, elles sont même encouragées à avoir le goût de la compétition. Eh oui ! Le jeu est la valeur-phare de l’entreprise car elle est celle de ses deux jeunes gérants. Comment motiver un salarié qui fait de la qualification de bases de données par téléphone, tâche fastidieuse s’il en est ? On peut par exemple transformer son ordinateur en terrain de jeu inspiré d’une course de tanks. A chaque appel réussi, le « tank » du salarié progresse – un jingle sonore ponctuant son succès-, le but étant d’arriver premier sur la ligne d’arrivée. Dans un autre jeu, des extra-terrestres –« avatars » des collaborateurs – tâcheront d’éviter les mots « négatifs » (comme « pas de problème »),  qui leur vaudraient des cartons rouges et l’élimination en tombant dans un précipice. Jeux, animations, déguisements, quizz, « challenges» renforcent la motivation des salariés. Et plus on s’amuse, plus on assure la satisfaction des clients !

AKTISEA comme « Activateur de CA [chiffre d’affaires]».

C’est en étant plus performant mais aussi plus réactif que la concurrence qu’on remporte les marchés. Un client appelle ? On a une journée pour lui faire une première proposition. Les entretiens de recrutement ? Ils sont systématiquement enregistrés et mis à disposition du client. Les dirigeants donnent l’exemple.  Kevyn, chargé du développement commercial de l’entreprise, fait un travail de fourmi auprès des prospects, participe à des salons professionnels et veille à la satisfaction des clients existants, qui vont de la TPE à la multinationale.  Parallèlement, de nombreux cadres dirigeants viennent dans les locaux mêmes d’AKTISEA « se former à ses méthodes managériales » basées sur le jeu.

Petit retour à la case « départ ».

Pourtant, Kevyn n’a pas eu un chemin tout tracé. Son bac STI et son BTS en mécanique des engins de travaux publics le conduisent au métier de responsable de maintenance et c’est alors qu’il se rend compte que son épanouissement se trouve ailleurs que dans un atelier de mécanique. Il entre donc dans une école de commerce. Et là, c’est coup double : il rencontre son futur associé à travers un exercice de simulation à la création d’entreprise où les deux compères prennent déjà plaisir à travailler ensemble.

« Créer ses propres règles du jeu »

Trois ans après, le jeu commence pour de bon pour Kevyn et Alban. Ils lancent avec enthousiasme AKTISEA. Mais ils avancent leurs pions très progressivement. Après avoir trouvé un premier client, une PME mouansoise, il leur faut deux ans et demi pour « préciser leur offre » et conquérir des groupes comme THALES ou DASSAULT SYSTEMES en créant des cabinets de recrutement dédiés aux personnes handicapées. Ces victoires sont déterminantes car les autres « grands comptes » suivront comme par un effet domino : LA SOCIETE GENERALE, TOTAL, PWC…. Grâce aux contrats gagnés, les jeunes gens peuvent progressivement s’équiper, louer des locaux et embaucher du personnel.

Question(s) pour un champion

Le secret …pour gagner ? « Etre audacieux, y aller à fond », sans se laisser freiner par des petites voix qui soufflent : « ton idée est nulle… Quelqu’un a la même que toi! ». Obstiné, Kevyn n’a pas peur de « se planter ». Un mental de guerrier, comme celui de ses « modèles » : le petit maigrichon fondateur du géant chinois du e-commerce ALIBABA, parfait « looser » à ses débuts ; le bouillonnant Richard Branson qui attaque un nouveau marché dès que l’ennui pointe ; ou enfin, son père, ouvrier dès l’âge de 14 ans, devenu le patron d’une petite entreprise de maintenance.

Kevyn s’estime juste, mais il reconnaît qu’il est aussi exigeant vis-à-vis de ses collaborateurs. Et les « mauvais perdants », faisant grise mine au moindre échec, « ne sont peut-être pas compatibles avec la philosophie d’AKTISEA ». Le chef d’entreprise, que rien n’arrête et pour qui trouver des clients est un défi stimulant, reconnaît néanmoins que le facteur humain reste imprévisible. Mais « avec du travail, de la rigueur et une touche d’optimisme », l’aventure collective peut continuer !