Carnot-Cannes.fr > Français et Littérature > AP des 2ndes13 et 1ère S2 : rencontre avec Mireille Blay-Fornarino, enseignante-chercheuse en Intelligence Artificielle.
AP des 2ndes13 et 1ère S2 : rencontre avec Mireille Blay-Fornarino, enseignante-chercheuse en Intelligence Artificielle.

Inversons un peu les clichés pour commencer ! C’est l’histoire d’une blonde qui, à 17 ans, pressée de travailler, voulait faire des études courtes. Et puis, enthousiasmée par ses cours d’Informatique et découvrant que son cerveau marchait plutôt bien, elle décide de l’utiliser à plein régime : après un doctorat,  elle obtient quelques années plus tard, un poste de maître de conférence à l’actuelle Polytech ; enfin, habilitée à diriger des recherches, elle devient en 2010 Professeur d’Université.

Aujourd’hui, Mireille Blay- Fornarino enseigne à l’IUT Nice Côte d’Azur, où elle dirige les études de première année de son DUT d’Informatique ; quant à ses recherches, elles s’effectuent, au sein du Laboratoire d’Informatique, Signaux et Systèmes de Sophia-Antipolis, dans une équipe d’environ 80 personnes, baptisée SPARKS, orientée vers l’Intelligence Artificielle, qu’elle a contribué à créer  et qu’elle a dirigée.

Après 25 ans de carrière d’enseignante-chercheuse et trois enfants élevés, le manque d’assurance de la jeune fille qu’elle était a cédé la place à une certitude : les femmes sont trop peu nombreuses dans la recherche scientifique, qu’elles s’y engagent ! Un très bon niveau en Mathématiques est-il exigé ? Pas nécessairement car selon elle, tout est affaire de « passion » et, aiguillonné par les exigences de la recherche, l’esprit devient toujours plus logique.

Le royaume de la chercheuse, l’Intelligence Artificielle, est celui des systèmes informatiques aux capacités cognitives proches de celles des hommes. Les premières S2, très au fait de ses avancées, ne tarissent pas de questions sur les logiciels de reconnaissance vocale et faciale, les objets connectés, ou encore les voitures autonomes.

 

Un métier « qui se construit dans les échanges »

Mireille Blay- Fornarino participe à ce tourbillon de l’innovation qui caractérise le progrès scientifique. Elle ne s’est jamais ennuyée dans son métier, s'associant de près ou de loin à de multiples projets d’une durée de 3 à 4 ans, et pour lesquels il faut sans cesse acquérir de nouvelles compétences. Encadrant des doctorants, elle prend part aux recherches : « On travaille ensemble ».

Ce besoin d’échanger, de partager, est d’autant plus nécessaire quand les partenaires des chercheurs ne sont pas des informaticiens. Ainsi, l’un des projets en cours a pour ambition d’apporter une aide au diagnostic médical en reliant les données des patients à des algorithmes. Mireille cite d’autres travaux, faciles à expliquer à ceux que le jargon informatique rebute : l’un de ses doctorants essaie d’implanter sur des cochons des stimulateurs pour les faire maigrir, dans l’espoir de traiter ensuite l’obésité chez les hommes ; elle-même est particulièrement fière d’un partenariat avec l’institut Clément Ader de Nice qui s’est étendu sur une dizaine d’années, le but étant de concevoir des jeux adaptés à des enfants déficients visuels.

 

Recherche recherche crédits pour la recherche

Tous les travaux de recherche font l’objet d’une évaluation. Si celle-ci s’appuie sur la communication régulière de leurs résultats, c’est, plus formellement, le Haut Conseil de l’Evaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur (HCERES) qui en a la charge. Tous les 4 ans, le laboratoire remet un dossier à un comité d’évaluation, lequel, après l’avoir lu, se rend sur place et écrit un rapport. En fonction de ses conclusions seront décidés les moyens alloués au laboratoire ou même, dans le pire des cas, sa dissolution.

Mais Mireille, par sa fonction d’ « animation » de la recherche, estime que les fonds alloués par l’Etat sont très insuffisants, et ne permettent notamment pas de rémunérer la quarantaine de doctorants oeuvrant au sein de SPARKS. Il faut donc trouver d’autres sources de financement en gagnant des appels à projet ou en nouant des partenariats avec des industriels; enfin, les publications au niveau international de son unité de recherche ont des retombées financières indirectes - notons que sur mille articles proposés aux principales revues, seuls cent sont retenus.

Dès lors, si la chercheuse jouit d’une certaine liberté dans l’organisation de son emploi du temps, elle travaille « tout le temps ». Et quand il faut terminer tard dans la nuit de répondre à des appels d’offres, dont certains resteront sans suite, la recherche, « c’est très dur » ; « la politique », rarement absente des organisations humaines, est aussi une pierre jetée dans le jardin de la science.

 

J’aime, je partage

Heureusement, les relations que l’enseignante-chercheuse entretient avec ses étudiants sont sources de réconfort. Elle leur transmet la beauté de certains raisonnements, mais prend aussi soin de choisir des problématiques rejoignant leurs goûts, comme celle par exemple de relier plusieurs réseaux sociaux. C’est sans doute cette aptitude à concilier les deux facettes de son métier, la recherche et l’enseignement, parfois sources de tiraillements, qui lui permet d’affirmer : « J’ai eu la chance de pouvoir faire de mon métier ce que je voulais qu’il soit », suscitant l’exclamation d’Apolline - « Oh ! c’est beau, ça ! »

 

Brave new world

Ilona ne partage pas l’engouement général : l’Intelligence Artificielle ne va-t-elle pas détruire des emplois? Si elle juge illusoire de vouloir freiner la course à l’évolution, M. Blay-Fornarino en reconnaît les multiples dangers. A cet égard, l’une des plus grandes craintes n’est-elle pas que l’homme disparaisse au profit du robot ? Dans L’Odyssée de l’espace, on voit  le supercalculateur HAL9000 prêt à se débarrasser de ses partenaires humains. Pur fantasme ?

On peut avoir la curiosité de faire la connaissance virtuelle de Sophia, la dernière-née des androïdes femelles enfantée par le génie des chercheurs, presque séduisante si elle n’arborait un cerveau gris acier en lieu de cheveux. On préfèrera juger sa réponse plus « machinale » que prémonitoire quand elle affirme en riant que, oui, elle va « détruire l’humanité ! »