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AP des 2ndes9 : rencontre avec Alexandre Baccili, kinésithérapeute.

C’est rarement avec plaisir qu’on entre un beau jour dans une salle de kiné remplie d’inconnus pas vraiment flambant neufs, l’un pédalant avec plus ou moins d’entrain sur un cycloergomètre, l’autre tirant inlassablement sur un élastique attaché à un espalier…. Un petit cours d'explication et ça y est, vous faites partie vous aussi, bon gré mal gré, pour des semaines, de ce petit cirque-ambulance. Et finalement, votre nouveau copain…, c’est le kiné !

Le nôtre, c’est Alex. Il est simple, cordial, d’humeur placide – « tudo bem ! », comme on dit au Brésil où, d’ascendance italienne, il a grandi. Avec son léger accent, il dit « tu » à tous ceux qu’il aime, c’est-à-dire à ses patients ! Savoir prêter une oreille attentive et bienveillante à ceux qui le consultent est selon lui la principale qualité d’un thérapeute. Mais, hors de son cabinet, Alexandre Baccili reconnaît qu’il n’est pas facile d’entendre les gens se plaindre, croyant pouvoir être rapidement délivrés de leurs maux. Les jeunes, par exemple! Ils devraient être les plus faciles à soigner, mais ils n’écoutent pas toujours ce qu’on leur dit !

 

D’un continent à l’autre

Le métier qu’Alexandre exerce maintenant depuis 10 ans s’est imposé à lui alors qu’il avait une douzaine d’années : l’une de ses sœurs, handicapée, a retrouvé l’usage de ses jambes grâce à la kinésithérapie.  Par ailleurs, mordu de sport depuis l’enfance, Alexandre a pu très tôt juger de l’intérêt de cette discipline. Plus tard, il choisit d’être physiothérapeute, dénomination utilisée hors de la CEE et englobant la kinésithérapie, l’ostéopathie et la chiropraxie. En France, les études de masseur-kinésithérapeute sont, depuis septembre 2015, de 4 ans après une année de PACES ou de STAPS. Celles d’Alexandre ont duré 8 ans, se déroulant principalement au Brésil, mais également en France (son sujet de master portait sur l’évolution de la scoliose, particulièrement bien soignée dans notre pays), et en Angleterre où, grâce au programme Erasmus, il s’initie au « crochetage », thérapie peu connue visant à séparer les tissus accolés à l’aide de crochets. De retour au Brésil, le goût de l’étude le démange toujours et, pendant 2 ans, tout en exerçant à mi-temps en cabinet et à domicile, il poursuit une spécialisation en kinésithérapie du sport. Pourquoi décide-t-il alors d’exercer en libéral en France, pays où les honoraires sont très encadrés? S’il en regrette les abus, il note que le système français de soins est « le meilleur du monde » ; et, suggère Alexis, c’est en France qu’il a trouvé l’âme soeur.

 

Quand rééducation rime avec investigation

Aujourd’hui à temps plein, Alexandre continue à apprendre, à travers des congrès nationaux ou internationaux, et la lecture de publications scientifiques en anglais – une formation tous les deux ans étant d’ailleurs une obligation légale. Car si certaines pathologies sont récurrentes, comme les lombalgies, les applications de la kinésie sont étendues et variées ; le diagnostic du médecin doit parfois être précisé, approfondi ou complété et trouver le bon traitement peut s’avérer ardu. Chercher est passionnant, l’échec d’autant plus frustrant. Alexandre se souvient avec amertume de cette jeune femme atteinte d’une sclérose en plaques dont il n’est pas parvenu à freiner la rapide progression. Pour conserver sa sérénité face aux difficultés, notre kinésithérapeute dispose d’un remède infaillible, qu’il conseille d’ailleurs à ses clients : le sport !

 

 « Filho Maravilha, nós gostamos de você !»

Ainsi chantait Jorge Ben à propos du footballeur brésilien Maravilha, autre spécialiste du crochetage, dont le but avait sauvé le club du Flamengo. Edouard lance avec un sourire complice : « Neymar ou Ronaldo? » Neymar, bien sûr, même si le sportif favori d’Alexandre, c’est Lance Armstrong - il s’est dopé ? Tout comme les autres! Mais quel «mental d’acier » ! Et naturellement, soigner les athlètes est ce que notre kinésithérapeute préfère. Nous l’interrogeons sur les sports les plus traumatiques, sur ses recommandations aux jeunes sportifs… La question qui brûle les lèvres est de savoir « s’il a soigné des champions». Oui, au Brésil, des footballeurs ; en France, surtout des pros du cyclisme, de la course à pied et du triathlon, sports que lui-même pratique. D’ailleurs, l’une de ses plus grandes fiertés est d’avoir identifié l’origine de la douleur lombaire d’un cycliste de l’équipe Cofidis, lequel a ensuite pu obtenir une 50è place au tour de France : il était atteint d’une malformation très rare du nerf sciatique (celui-ci passant au milieu du muscle).

 

Un métier pour les geeks ?

Fasciathérapie, PCP thérapie, pressothérapie, thermothérapie, cryothérapie, impulsions par électrodes…Alexandre, toujours à l’affût de nouvelles stimulations intellectuelles, suit de près toutes les innovations. Sa dernière emplette, plutôt onéreuse, est un tapis roulant « anti-gravité » Alter G, dont les exemplaires se comptent en France sur les doigts de la main : outil tant de rééducation que de préparation physique, il permet de se délester de son poids…et de courir comme en apesanteur! Mais loin d’Alexandre l’idée de se cantonner dans une médecine techniciste. L’expérience lui a appris qu’une pathologie ne peut être considérée isolément, en ignorant tout de l’histoire et de l’environnement du patient. D'ailleurs, s’il a paru si « épanoui » aux élèves, c’est que, par tempérament, il n’aime pas « s’enfermer », pas même dans le plus beau métier.

 

Toujours en mouvement

Ainsi, les deux cabinets quil a créés, (le premier à Antibes, le second très récemment à Nice pour répondre aux demandes de lest du département) sont constitués d’équipes pluridisciplinaires rassemblant à lheure actuelle une quinzaine de praticiens exerçant en libéral (dont trois médecins, un ostéopathe, deux infirmiers) assistés dun secrétariat. Comme on pouvait sen douter, Alexandre « aime bien les défis ». Ses prochaines conquêtes? Elles lui permettront, en suivant les progrès de sa discipline, de soigner de mieux en mieux ses patients ; apportant par ailleurs sa contribution au décloisonnement du système de soins, il envisage dans le futur douvrir une troisième « maison médicale ». A Cannes, bien sûr!