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AP des 2nde2, 2nde3, 2nde5 et 2nde11 : rencontre avec Corinne Rivière, comédienne à Cannes.

   

Ce qu’elle préfère dans son métier ? La scène ! « C’est tellement jouissif d’entrer dans la vie de toutes sortes de personnes ! » s’exclame Corinne Rivière. A cela s’ajoute le bonheur d’être portée par le public, par son rire ou son attention silencieuse. Les applaudissements, elle en redemande. C’est si gratifiant ! On ne fait pas ce métier « sans une grande demande de reconnaissance ». Dès lors, le métier d’acteur de cinéma est pour elle une sorte de tue-l’amour, n’autorisant qu’un jeu fragmenté, entre deux prises de vue, sur un plateau occupé par des artistes ou des techniciens de l’image. Corinne est comédienne, presque au sens de la langue classique où le mot s’opposait parfois à « tragédien(ne) », car elle préfère les rires aux pleurs, remarquant néanmoins que les emplois comiques contiennent de manière latente leurs opposés tragiques.

 

 Une vocation impérieuse

 

  « Ce n’est pas moi qui ai choisi le théâtre, c’est lui qui m’a choisie » dit Corinne avec force. Il est entré dans sa vie de manière banale, un simple passe-temps pratiqué au lycée, puis dans une MJC de la région parisienne. Mais pour lui, elle a arrêté une licence de lettres à la Sorbonne. Et quand, plus tard, il lui est arrivé de gagner sa vie sans lui, elle en pleurait : ce n’était pas elle ! Le théâtre l’a comblée. Des années de bonheur fou, partagé avec le public, les seuls mauvais souvenirs étant les accidents de plateau : continuer à jouer, au bord de l’évanouissement, après s’être cogné le pied ; une chaise qui se casse et qui devient inutilisable, rendant impossible le bon déroulement de la scène.

 

  Tout a vraiment commencé quand elle a rencontré Anca Ovannez-Dorosenco, ex-directrice du théâtre de Bucarest, réfugiée politique en France, qui lui offre ses premiers grands rôles. Puis, elle se forme au gré de stages, à Paris. Son jeu sera définitivement marqué par la méthode de Stanislavski, cet homme de théâtre russe qui, débarrassant le jeu de l’acteur de son artificialité et de sa grandiloquence, a nourri tant le théâtre que le cinéma du XXè siècle : le comédien, en faisant appel à son propre vécu et à son imagination affective, doit trouver les émotions qui se rapprochent le plus de celles du personnage, et entrer en quelque sorte dans sa vie. A cet exercice, les comédiens les plus âgés, riches d’un ondoyant passé, excellent. 

 

« Aller vers le personnage »

 

  A l’une de ses élèves qui doit jouer Violaine, une jeune fille mystique, accablée de terribles maux, dans L’Annonce faite à Marie de Claudel, Corinne prodigue les conseils suivants : s’imprégner bien évidemment de l’auteur et de son œuvre, mais aussi se renseigner sur la lèpre, assister à une messe avec des aveugles, regarder une adaptation cinématographique de La Religieuse de Diderot…C’est ensuite qu’elle pourra commencer à apprendre son rôle.

  Mais la tâche d’un comédien commence bien en amont. Il s’agit d’abord, comme dans le chant, d’apprendre à utiliser sa voix, et donc à respirer par le ventre, pour éviter d’abîmer ses cordes vocales ; ensuite, d’assouplir son corps pour qu’il se plie sans heurts à toutes les postures – aux Etats-Unis, le comédien doit être aussi un danseur, un chanteur, un mime, un clown…. Mais la plasticité concerne aussi son esprit : il lui faut apprendre à «lâcher prise », à laisser tomber tout regard critique sur lui-même, « à faire la poule sans peur du ridicule » ; enfin, la concentration est une autre qualité à développer pour ne pas « décrocher » et « perdre le personnage » au cours de la représentation –elle se solde par l’épuisement quand le rideau tombe. Notons que Corinne a utilisé les techniques du théâtre pour aider ceux qui exercent des fonctions de représentation : comment communiquer par la voix, par le regard, le maintien ? Elle a notamment formé le personnel de salle des plus grands restaurants et contribué au succès des « meilleurs jeunes sommeliers » de France.

 

Une vie vouée au théâtre

 

  Corinne n’a pas seulement interprété un grand nombre de rôles issus des répertoires classique et contemporain ; elle a aussi créé des costumes, des décors, écrit et monté des pièces. Pour elle, « le théâtre est un espace de recherche et de liberté », porté par des siècles de réflexion et de pratique que le comédien ne peut ignorer même s’il parle toujours à son temps ; le metteur en scène choisit une pièce parce que, d’accord avec les acteurs, il a quelque chose à transmettre au public. Si une scène peut être jouée de multiples façons, une seule lui conviendra. Corinne a récemment interprété une pièce courte de Guy Foissy (dans Variations assassines) à l’humour très noir : deux promeneuses s’offusquent …de découvrir un enfant mort sur le trottoir. A l’heure où les migrants affluent dans des conditions effroyables en Europe, la pièce écrite il y a quelques années prend une résonance particulière : « pour vivre heureux, cachons ce qui nous dérange », résume ironiquement Corinne.

  Monter des spectacles qui lui tiennent à cœur et leur garantir une plus grande audience, telle est l’une des ambitions de la compagnie que Corinne a créée il y a six ans, scellant son mariage avec le théâtre d’un lien indéfectible. L’Eclat de Rêve porte bien son nom tant les projets foisonnent : la comédienne prépare son entrée au festival d’Avignon au printemps prochain, sans oublier pour autant son activité bénévole de « théâtre sans frontières » dans les maisons de retraite, les hôpitaux,…les lieux d’isolement; à Cannes, rue Léon Noël, une salle de spectacles de 35 places, dont la mise aux normes est en cours, permettra bientôt d’inviter d’autres compagnies; et les locaux dans lesquels elle dispense des cours d’art dramatique vont bientôt s’agrandir…

 

  Et nous les ados, pourquoi ferions-nous du théâtre ? « pour apprendre à vous connaître, à vous dépasser, à maîtriser le trac,… à vous concentrer aussi ! – gros déficit de votre génération ! » répond Corinne. Allez ! sortez de vos chambres douillettes, ôtez vos scaphandres, lâchez vos bidules dernier cri ; venez clamer tout ce qui vous passe par la tête, inventer des gags farcesques, donner la réplique à un irrésistible Dom Juan ou à une piquante Célimène ; venez réchauffer votre cœur au sein d’une petite troupe pleine d’entrain et rejoindre ainsi la grande famille du théâtre. Y a d’la joie ! Y a d’la joie !