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AP des 2ndes 13 et des 1ères S5 :

Rencontre avec le Docteur Badan, gastroentérologue à l’hôpital de Cannes,

et le Docteur Sicsic, généraliste au Cannet.

 

 

 
Le Docteur Sicsic, installé aujourd’hui au Cannet, a passé son bac au lycée Carnot et fait ses études à l’Université de Nice. Il officie comme médecin généraliste depuis 21 ans. «  Un beau métier  » qui lui permet de «  voir  la vraie vie des gens, de percevoir les évolutions de la société  » - il a suivi certaines familles sur quatre générations, et connaît des patients depuis plus de 20 ans. Il ajoute être aussi «  psychologue, conseiller conjugal, gestionnaire, comptable, informaticien…  ». Les seuls qui «  restent au front, déclare-t-il, sont les généralistes  », déplorant qu’ils se raréfient. La médecine devient en effet de plus en plus technique et le nombre de spécialistes s’accroît.

 

 

Le Docteur Badan, gastroentérologue à l’hôpital de Cannes, en fait partie. Lui aussi utilise une métaphore guerrière, évoquant son «  parcours du combattant  ». Né sans une petite ville de Moldavie – un pays francophone -, il débute en chirurgie pédiatrique. Arrivé en France en 2007, il fait d’abord fonction d’interne dans le service de gastroentérologie de l’hôpital de Cannes de 2008 à 2010; puis, après avoir passé des examens complémentaires, demandé des équivalences et perfectionné son français, il obtient enfin une autorisation d’exercice. En définitive, il peut se targuer d’un niveau «  bac + 18  » ! Comme le Dr Sicsic, premier médecin de sa famille, il a senti la vocation  d’aider, de guérir, appréciant de rendre le sourire à ceux qui viennent le consulter.

 

 

« If you can keep your head when all about you are losing theirs...  »*

La première bataille à mener, de longue haleine, est celle des études de médecine, parmi les plus longues et les plus ardues des études supérieures. En France, elles débutent par la PACES, «  la première année commune aux études de santé  ». Les cours se font aujourd’hui par vidéo, ce qui ne permet pas de poser de questions – mais les nouvelles générations ont en revanche la chance de disposer d’Internet. Les amphithéâtres se vident au fil de l’année, le numerus clausus ne retenant que 10% des candidats. Inutile donc pour l’instant de se projeter plus loin que cette première année dit le Dr Sicsic aux futurs carabins. L’étudiant doit avoir «  le nez dans le cahier  », «  jeter son téléphone portable  », bref être «  asocial  » pendant 1 an ou deux (s’il est autorisé à redoubler). Il existe des «  écuries  », des écoles privées pour accroître ses chances de réussite. Le Dr Sicsic conseille fortement de s’inscrire à la pré-rentrée d’août, dans le cadre du tutorat organisé par l’Université.

 

 

« If you can trust yourself when all men doubt you… »

 

Les années suivantes marquent l’entrée en pratique, de plus en plus poussée, des étudiants, les «  études au lit du malade  » étant une particularité française : stages hospitaliers, gardes et première rémunération dès la 3è année. En fin de 6è année, les «  épreuves classantes nationales  » donnent accès à «  l’internat  », qui dure 3 ans pour le généraliste, 4 à 5 ans pour le spécialiste. Suivant son classement, l’étudiant choisit son CHU d’affectation, ainsi que sa filière de spécialité – mieux vaut en choisir une qui permette de «  faire des actes  », ceux-ci étant plus rémunérateurs que les consultations.

 

 

« If you can wait and not be tired by waiting….»

 

Connaît-on des moments de découragement ? «  Tous les jours  » répondent en chœur les deux médecins. A ceux qui seraient tentés d’étudier à l’étranger, le Dr Badan conseille de tenir compte de la langue d’enseignement, du prix des études (gratuites en France), des modalités de reconnaissance des diplômes dans le pays où l’on souhaite exercer.

 

 

« If you can think - and not make thoughts your aim...»

La pratique n’est «  jamais comme dans les livres  », à l’inverse de ce que pensaient les médecins au temps de Molière. Les deux médecins se rejoignent : «  50% du diagnostic procède de l’interrogatoire, 50% de l’examen clinique  ». Les examens complémentaires, permis par le progrès de la médecine, n’apportent que 10% de certitude en plus.  Que faire si l’on ne trouve pas la cause de la maladie ? A l’hôpital, on consulte un collègue  ; le Dr Sicsic, seul dans son cabinet, est bien obligé parfois de se replonger dans de gros volumes. Car chaque jour, 2 ou 3 cas atypiques conduisent à jouer les Dr House.

 

« If you can walk with Kings - nor lose the common touch...»

En première ligne, notre généraliste doit «  régler les problèmes mineurs, transférer les problèmes majeurs  » et «  ne pas passer à côté des urgences  ». Il dispose d’un «  réseau  » de spécialistes à qui envoyer ses patients et cultive de bonnes relations avec le centre expert du CHU. Le manque de temps étant la principale source de stress, il regrette de devoir consacrer un après-midi par semaine à traiter les questions administratives.

 

« If you can fill the unforgiving minute/ With sixty seconds' worth of distance run...  »

A l’hôpital, l’emploi du temps est aussi chargé : gardes, astreintes, travail de nuit… 70 à 90 heures par semaine. «  Tout le monde peut vous appeler à toute heure - même votre voisin de palier, alors que vous êtes à l’hôpital !  » indique le Dr Badan. Mais pour lui, le stress est surtout lié à la gestion des priorités. Il faudrait «  3 paires de mains, d’yeux.  ». Dès lors, hiérarchiser les problèmes et déléguer aux internes tout en les formant est crucial. Un médecin devant être disponible en permanence, ce métier est-il compatible avec une vie de famille ? Oui,  soutient le Docteur Badan. Mais le Dr Sicsic pointe que la féminisation croissante de la profession met en danger la continuité des soins - les femmes étant appelées sur un autre front... Le Dr Badan soulève la question des rémunérations, insuffisantes selon lui à maintenir les spécialistes à l’hôpital.

 

« If you can talk with crowds and keep your virtue...  »

Tous les malades ne sont pas aussi hypocondriaques qu’Argan, le «  malade imaginaire  ». Mais tous «  ont leur porte d’entrée  » souligne le Dr Badan. Il  reçoit cinquante  patients par jour, et autant de caractères différents. Une consultation peut durer 10 minutes ou 1h30. Tout est dans l’écoute. «  Et il faut savoir se mettre dans la peau du patient  », ce qui permet par exemple de ne pas réagir sur le même ton à une personne agressive. «  Parfois, il faut une semaine pour annoncer un cancer, certaines familles ne voulant pas entendre la nouvelle… On apprend à discerner à quel type de patient on a affaire quand il arrive  ». De son côté, le Dr Sicsic  remarque que les patients consultent pour une raison, qui peut parfois en cacher une plus essentielle. Au médecin de la laisser apparaître. «  La société est en souffrance. On est là pour panser les blessures.» Evidemment, le métier amène à affronter la Grande Faucheuse, dont la victoire est d’autant plus difficile à accepter que le patient est jeune. Mais les médecins savent aussi l’éloigner : «  Quand j’appelle le 15 car je n’ai pas les moyens sur place  », dit le généraliste. «  Quand on parvient à arrêter une hémorragie digestive  », poursuit le gastroentérologue.

 

  «  ...You'll be a (medicine) Man, my son!  »

 

Pour le médecin des Carpates, comme pour son confrère maralpin, le seul remède à la difficulté des études de médecine  et du métier lui-même est d’aimer les gens, de les respecter : «  Tous les gens sont égaux devant un médecin, qu’ils soient SDF ou multi- millionnaires ; seul doit être pris en compte le niveau de gravité de leur état». «Science sans conscience  n’est que ruine de l’âme  » écrivait leur illustre prédécesseur, François Rabelais.

 

*Toutes les citations sont tirées du poème « If » de Rudyard Kipling.